Préparer un trek de 5 jours en Laponie : matériel, alimentation et préparation physique

de Sven

Nous sommes le 12 septembre 2026 et je pars demain pour cinq jours de trek en autonomie dans le parc national Urho Kekkonen, en Laponie finlandaise.

Ce n’est pas ma premiĂšre randonnĂ©e de plusieurs jours. Ce n’est mĂȘme pas ma premiĂšre expĂ©rience au milieu de nulle part. J’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion, notamment au Kirghizistan, de passer plusieurs jours Ă  plus de 100 ou 200 km des premiĂšres habitations, Ă  cheval et accompagnĂ© de rangers.

Et pourtant, je crois que je n’ai jamais autant prĂ©parĂ© une randonnĂ©e.

Il y a plusieurs raisons Ă  cela.

La premiĂšre est climatique.

Mes randonnées précédentes se sont généralement déroulées au printemps ou en été, dans des conditions relativement clémentes. Cette fois, nous allons marcher dans la seconde moitié du mois de septembre, environ 200 km au nord du cercle polaire.

Les tempĂ©ratures nocturnes peuvent approcher les 0 °C. Et mĂȘme si la neige durable arrive plutĂŽt plus tard dans la saison, le gestionnaire du parc rappelle que les premiĂšres chutes de neige peuvent dĂ©jĂ  survenir en septembre, avec certaines annĂ©es une installation durable dĂšs la fin du mois.

Une premiĂšre pour moi.

La deuxiÚme raison est probablement plus importante : le filet de sécurité est beaucoup plus loin.

Sur un GR français, on peut avoir l’impression d’ĂȘtre au milieu de nulle part, mais une route, un village, une maison, un commerce ou une zone de rĂ©seau ne sont gĂ©nĂ©ralement jamais extraordinairement loin.

LĂ , c’est diffĂ©rent.

Enfin, il existe une troisiÚme différence : cette fois, je me sens responsable du groupe.

Au Kirghizistan, mĂȘme extrĂȘmement isolĂ©, j’Ă©tais accompagnĂ© de rangers. Je pouvais ĂȘtre perdu au milieu des montagnes pendant plusieurs jours, mais la responsabilitĂ© finale de l’itinĂ©raire, de la logistique et des dĂ©cisions ne reposait pas totalement sur moi.

Cette fois, nous sommes trois et les deux personnes qui m’accompagnent n’ont jamais fait de randonnĂ©e de ce type.

Cela change forcément ma maniÚre de réfléchir.

En bon prepper (ou simplement en bonne fourmi), j’ai donc appliquĂ© un principe qui revient rĂ©guliĂšrement sur NoPanic : quand le filet de sĂ©curitĂ© extĂ©rieur diminue, il faut crĂ©er davantage de marge soi-mĂȘme.

Marge thermique.

Marge physique.

Marge alimentaire.

Marge matérielle.

Sans pour autant transformer un sac de randonnĂ©e en camion d’intervention du SAMU.

Tout l’enjeu est lĂ .

Le projet : cinq jours dans le parc national Urho Kekkonen

Nous partons du secteur de KiilopÀÀ pour une boucle de cinq jours dans le parc national Urho Kekkonen.

Nous sommes en Laponie finlandaise, environ 200 km au nord du cercle polaire, dans un immense territoire sauvage (l’un des plus grands d’Europe) qui s’Ă©tend vers l’est jusqu’Ă  la frontiĂšre russe.

Le parc national lui-mĂȘme rejoint d’ailleurs la frontiĂšre avec la Russie dans sa partie orientale.

Notre programme prévisionnel ressemble à ceci :

JourItinéraireDistance prévue
LundiKiilopÀÀ → Suomunruoktu13,7 km
MardiSuomunruoktu → Tuiskukuru → LuirojĂ€rvi21,3 km
MercrediLuirojĂ€rvi → Sokosti → LuirojĂ€rviEnviron 10 Ă  14 km
JeudiLuirojĂ€rvi → LankojĂ€rvi20,9 km
VendrediLankojĂ€rvi → Rautulampi → KiilopÀÀ18,85 km

Soit grosso modo 80 à 85 kilomÚtres suivant le tracé réellement emprunté pour le Sokosti.

Ce n’est donc pas une expĂ©dition polaire.

On ne va pas traverser le Groenland en mangeant nos chaussures.

Le relief est mĂȘme rĂ©putĂ© assez roulant sur une bonne partie du parcours.

En revanche, ce n’est pas non plus un GR français avec une jolie marque rouge et blanche tous les 50 mĂštres.

Une partie des chemins existe rĂ©ellement, d’autres traces sont plus diffuses, et certains secteurs ne sont tout simplement pas balisĂ©s. Il faudra parfois lire le terrain, sortir la carte et la boussole et dĂ©cider nous-mĂȘmes par oĂč passer.

Nous aurons donc une cartographie hors ligne sur smartphone (avec l’app Mapy), une carte papier au 1:50 000 et une boussole.

Les nuits sont normalement prĂ©vues dans les refuges ouverts que l’on trouve sur l’itinĂ©raire.

Normalement.

Ils ne sont pas rĂ©servables et rien ne garantit Ă©videmment qu’il reste trois places lorsque nous arriverons.

La tente n’est donc pas lĂ  pour faire de jolies photos Instagram au bord d’un lac. Elle doit pouvoir devenir notre logement principal n’importe quel soir.

Il faut Ă©galement composer avec le froid, la pluie, le vent, des terrains humides et plusieurs traversĂ©es de cours d’eau.

VoilĂ  pour le cahier des charges.

Le matériel : léger, mais pas idiot

Je pratique depuis longtemps une randonnĂ©e plutĂŽt lĂ©gĂšre et j’ai dĂ©jĂ  consacrĂ© plusieurs articles Ă  cette approche, notamment Ă  la randonnĂ©e lĂ©gĂšre et Ă  l’optimisation du poids du sac.

Sur mes randonnĂ©es habituelles, je tourne gĂ©nĂ©ralement autour d’une dizaine de kilos.

Pour ce voyage, je m’attendais au dĂ©part Ă  monter davantage, probablement vers 12 ou 13 kg, notamment Ă  cause de la nourriture, du froid et des Ă©quipements de sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaires.

Et comme tout geek de matĂ©riel normalement constituĂ©, j’ai Ă©videmment sorti une balance.

Puis un tableur.

Puis j’ai commencĂ© Ă  peser Ă  peu prĂšs tout ce qui existait dans la maison.

À partir de ce moment-lĂ , il n’y avait plus vraiment de retour possible vers une vie normale.

L’idĂ©e n’Ă©tait cependant pas de gagner un concours imaginaire du sac le plus lĂ©ger.

Mon objectif Ă©tait d’obtenir le sac le plus lĂ©ger possible sans supprimer les marges que je jugeais utiles.

« Mais t’es pas net Baptiste  »
« Maiiiis si, j’suis trÚÚÚÚs neetteeeuuux »

Abri et couchage

MatĂ©rielPoidsPourquoi je l’emporte
Nordisk Lofoten 1 ULW complĂšte879 gTente complĂšte avec footprint, arceaux et sardines, indispensable si les refuges sont pleins
Simond MT900 duvet 0 °C913 gMarge thermique adaptée à la saison
Therm-a-Rest NeoAir XLite NXT545 gIsolation et confort avec un trĂšs bon rapport poids / performances
Kit de rĂ©paration NeoAir8 gParce qu’un matelas gonflable percĂ© Ă  0 °C devient beaucoup moins amusant
Oreiller134 gLe luxe bourgeois (de vieux ?) que j’assume parfaitement
Morceau de tapis mousse38 gS’asseoir au sec sans sortir la moitiĂ© du bivouac (et allez, encore du luxe !…)
Boules Quies : 2 paires + boßte6 gDormir en refuge malgré les ronflements
Masque de nuit49 gConfort de sommeil en refuge et pendant le voyage

La tente est une Nordisk Lofoten 1 ULW.

Moins de 900 grammes avec le footprint, les arceaux et les sardines.

Comme nous espĂ©rons majoritairement dormir en refuge, j’aurais thĂ©oriquement pu considĂ©rer la tente comme superflue.

Mais justement, non.

Si un refuge est plein, si nous prenons du retard ou si nous dĂ©cidons d’arrĂȘter plus tĂŽt, je peux dormir.

La question est réglée.

Un nouveau duvet spécialement pour la Laponie

Pour le sac de couchage, j’ai en revanche achetĂ© du matĂ©riel spĂ©cifiquement pour cette randonnĂ©e.

Mon duvet habituel est un Carinthia Defence 1, dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© dans cet article.

Lorsqu’il fait plus froid, je peux lui ajouter un liner Thermolite Sea to Summit.

C’est un systĂšme que je connais et que j’aime bien.

Mais ici, il commençait à poser deux problÚmes.

D’abord le poids.

Ensuite la marge thermique.

Si la météo restait relativement douce, ça pouvait fonctionner. Si les températures descendaient davantage que prévu, cela devenait beaucoup moins confortable.

J’ai donc achetĂ© un Simond MT900 0 °C.

913 grammes mesurés, duvet naturel et une température de confort cohérente avec ce que nous pouvons rencontrer.

On peut dire ce qu’on veut de Decathlon, mais je trouve qu’ils font globalement de trĂšs bon matĂ©riel.

Ce n’est pas toujours le plus lĂ©ger du marchĂ©. Ce n’est pas toujours le plus pointu. Mais sur le rapport qualitĂ© / prix, il y a souvent assez peu de choses Ă  reprocher.

Et ici, le MT900 me semblait représenter un excellent compromis entre poids, chaleur et budget.

Pour le matelas, en revanche, j’ai acceptĂ© de monter davantage en gamme avec le Therm-a-Rest NeoAir XLite NXT.

Un matelas Decathlon aurait coûté moins cher.

Mais sur ce type de produit, le rapport isolation / poids / encombrement du NeoAir justifiait pour moi la différence.

Sac Ă  dos, chaussures et progression

MatérielPoidsPourquoi
Karrimor Bobcat 65 LEnviron 1 450 gVolume supérieur à mon sac habituel
Lowa Renegade GTX Mid1 070 g la paireChaussures connues, éprouvées et confortables
Aquashoes pour les guésEnviron 300 gTraversées de riviÚres sans détremper les chaussures de randonnée
Housse de pluie du sacNon pesée séparémentProtection extérieure en complément des doublures internes
Sac étanche renforcé + protection séparée du duvetEnviron 30 à 70 gGarder le sac de couchage au sec
Protection Ă©tanche des vĂȘtements thermiques et chaussettes de nuitEnviron 15 Ă  40 gConserver une tenue sĂšche pour la nuit
2 sacs poubelle de rechangeEnviron 30 à 60 g le lotRemplacement des protections et usages complémentaires
3 housses d’organisationEnviron 210 g le lotRanger les petits accessoires et les vĂȘtements
Portefeuille avec carte bancaire et carte d’identitĂ©Environ 40 Ă  80 gDocuments et paiement, accessibles pendant le voyage
Clé de voitureEnviron 30 à 60 gUniquement la clé nécessaire au retour

Le Karrimor Bobcat 65 est un cas assez particulier.

Je l’avais dĂ©jĂ  depuis longtemps, mais il servait essentiellement de sac de Bug Out Bag.

Mon sac prĂ©fĂ©rĂ© reste mon Karrimor SF 45 litres, dont j’ai dĂ©jĂ  fait un retour complet ici.

Il est lourd, rustique et probablement capable de survivre à plusieurs générations de ma famille.

Je l’adore.

Mais 45 litres, pour ce projet, devenaient un peu justes.

J’avais besoin de davantage de volume, notamment pour la nourriture et le matĂ©riel froid.

PlutĂŽt que de racheter encore un sac, j’ai donc dĂ©cidĂ© d’utiliser le Bobcat 65.

Je l’ai Ă©videmment testĂ© auparavant sur une randonnĂ©e.

Et disons que le résultat est
 mitigé.

Le sac a fait le boulot.

Mais je ne suis absolument pas amoureux de sa qualité de fabrication.

Les petites tirettes des fermetures Ă©clair ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  casser. La sangle pectorale a sautĂ© deux fois et j’ai dĂ» la remettre. Plusieurs dĂ©tails ne m’inspirent pas une confiance phĂ©nomĂ©nale.

Pas idĂ©al lorsqu’on prĂ©voit de l’envoyer cinq jours au milieu de la Laponie.

Mais là encore, il y a une question de budget et surtout de connaissance du matériel.

Je prĂ©fĂšre partir avec un sac dont je connais les dĂ©fauts et que je sais rĂ©parer qu’avec un sac neuf achetĂ© trois jours avant le dĂ©part dont je dĂ©couvrirais les dĂ©fauts sur place.

Pour les chaussures, aucune expérimentation.

Je garde mes Lowa Renegade.

Je sais comment elles réagissent, je connais mon laçage et je sais marcher longtemps avec.

Ce n’est vraiment pas en Laponie que j’avais envie de dĂ©couvrir les Ă©tonnantes propriĂ©tĂ©s orthopĂ©diques d’une nouvelle paire de chaussures.

Pluie, vent et froid : poncho ou tenue imperméable complÚte ?

J’ai beaucoup hĂ©sitĂ© sur ce point.

L’option la plus classique aurait Ă©tĂ© d’acheter une vraie veste impermĂ©able et un pantalon de pluie.

Finalement, je pars avec ce que j’avais dĂ©jĂ  : poncho + guĂȘtres.

MatérielPoidsRÎle
FjÀllrÀven Anorak No. 8990 gCoupe-vent, protection et petites pluies
RVRC Wander Pants701 gPantalon de marche robuste
Poncho-tarp228 gProtection contre les vraies pluies
GuĂȘtres Highlander269 gPluie, boue et vĂ©gĂ©tation humide
Polaire légÚre Decathlon315 gCouche chaude
Sous-t-shirt thermique185 gCouche sĂšche et thermique pouur la nuit
Sous-pantalon thermique172 gCouche thermique pour la nuit ou le froid
Bonnet37 gChaleur pour trĂšs peu de poids
Gants légers32 gVent et froid
2 hauts mérinos Simond/Decathlon à manches longues296 g au totalUn porté et un de rechange dans le sac
2 boxers mérinos Simond MT500176 g au totalUn porté et un de rechange
3 paires de chaussettes mérinos Decathlon171 g au totalDeux paires pour marcher et une réservée au couchage
ChÚche127 gProtection du cou, porté ou accessible

Ce choix s’explique d’abord trĂšs simplement : j’avais dĂ©jĂ  tout.

Et j’avais dĂ©jĂ  suffisamment dĂ©pensĂ© dans le projet.

Mais il y a aussi une vraie logique de polyvalence.

Mon FjĂ€llrĂ€ven Anorak No. 8 peut dĂ©jĂ  encaisser les petites pluies (surtout depuis que j’ai pris le temps de le re-waxer… soit dit en passant, pas passionnant Ă  faire). Le pantalon supporte Ă©galement une certaine humiditĂ©.

Les guĂȘtres, elles, servent mĂȘme lorsqu’il ne pleut pas.

Elles montent haut, sont assez lourdes et clairement pas ultralight, mais elles sont trÚs résistantes.

Elles permettent de traverser de la végétation trempée, de la boue et des terrains humides sans transformer immédiatement tout le bas de la tenue en serpilliÚre.

En gros, le bas du corps passe en mode tank.

Avec le poncho, aprĂšs essais, seule une petite zone juste sous le genou reste rĂ©ellement susceptible de prendre l’eau.

C’est un compromis.

Et c’est un risque que j’accepte.

L’eau : pour une fois, le sujet est presque simple

Sur beaucoup de treks, l’eau reprĂ©sente l’un des principaux problĂšmes logistiques.

Ici, les nombreux retours d’expĂ©rience disponibles sur l’itinĂ©raire indiquent au contraire que l’eau est abondante.

Je ne vais donc pas transporter deux ou trois litres en permanence.

MatérielPoidsRÎle
Katadyn BeFree 1 L78 gGourde et filtration principale
MicropurQuelques grammesSolution de secours

Ma capacitĂ© principale sera donc simplement d’un litre.

Une bonne information peut parfois faire gagner davantage de poids qu’un achat ultralight Ă  300 €.

Un litre d’eau en moins, c’est un kilo qui disparaĂźt du sac.

Merci les RETEX.

Cuisine, orientation, sécurité et petits accessoires

MatérielPoidsUtilité
Popote-mug Toaks123 gBoire, cuisiner, manger
CuillÚre-fourchette10 gConcept révolutionnaire permettant de manger
Briquets9 g chacunAllumage du réchaud et des fire camps
Carte papier Urho Kekkonen 1:50 000Environ 60 gNavigation sans électronique
Boussole50 gOrientation
SmartphonePorté sur moiMapy.com hors ligne, photo et communication
Batterie externe 10 000 mAh210 gAutonomie électrique
Frontale Decathlon96 gProgression ou installation de nuit
Couverture de survie63 gSecours
Puukko avec étui228 gCouteau de camp
Kit de réparation communQuelques dizaines de grammes par personneTente, matelas, textile et bricolages temporaires
RĂ©chaud commun Ă  gaz en titane BRS 3000TEnviron 27 gChauffer l’eau pour les repas et les boissons
Cartouche de gaz communeEnviron 190 à 210 g pleineCombustible du réchaud, acheté sur place ; poids à répartir
AirPods / écouteurs avec boßtierEnviron 50 à 65 gPrincipalement pour les trajets
Cùble de rechargeEnviron 15 à 30 gRelier le téléphone à la batterie externe
Morceau de lavette absorbanteEnviron 10 Ă  15 gEssuyer la condensation, la tente et la popote
Brosse Ă  dentsEnviron 15 Ă  20 gHygiĂšne quotidienne
Fond de tube de dentifriceEnviron 20 à 30 gLe nécessaire pour cinq jours
4 paquets de mouchoirsEnviron 70 à 95 g le lotHygiÚne ; pas de papier toilette séparé
Gant microfibre + petite microfibre65 gToilette et séchage
CrĂšme NOK anti-frottementsEnviron 80 Ă  100 gLimiter les frottements
Savon liquide biodégradable communEnviron 125 g le flaconToilette ; matériel partagé
Gel hydroalcoolique commun106 g le flaconHygiÚne des mains ; matériel partagé
Moustiquaire de tĂȘte Nano11 gProtection contre les insectes
3 petites cordelettesEnviron 30 à 45 g le lotFixations et petits dépannages au bivouac
Porte-clés pomme de touline en paracordeEnviron 30 à 50 gAccessoire en paracorde
Sifflet8 gSignalement en cas de besoin, porté ou accessible
Trousse de secours commune200 g la trousse complÚtePremiers soins ; poids à répartir entre les porteurs

Sur ce genre de petits équipements, je raisonne beaucoup en valeur par gramme.

Une aiguille, quelques morceaux de ruban adhésif solide, des rustines ou deux colliers de serrage ne pÚsent quasiment rien.

Mais ils peuvent transformer : « Merde, c’est cassĂ© » en « c’est moche, mais ça tiendra jusqu’Ă  vendredi ».

Ce qui constitue déjà une trÚs belle victoire technologique.

Quand le matĂ©riel de trek doit aussi prendre l’avion

Petite subtilitĂ© supplĂ©mentaire : avant d’atteindre la forĂȘt, il faut dĂ©jĂ  rĂ©ussir Ă  prendre l’avion.

Un couteau de randonnĂ©e (mon beau et magnifique puukko) est extrĂȘmement pratique dans la forĂȘt.

Il l’est nettement moins au contrĂŽle de sĂ»retĂ©.

MĂȘme problĂšme avec les sardines, les petits ciseaux et diffĂ©rents objets pointus.

Je pars donc avec une grande valise en soute.

Elle restera ensuite dans une consigne Ă  bagages du cĂŽtĂ© d’Helsinki pendant le trek.

Et ce choix n’est pas seulement liĂ© Ă  la sĂ»retĂ© aĂ©roportuaire.

Merci lĂ  encore aux RETEX et aux commentaires de la communautĂ© : si je trouve sur place de beaux bois de renne au dĂ©tour d’un chemin, j’aimerais pouvoir les ramener.

Ce serait quand mĂȘme lĂ©gĂšrement frustrant de trouver le bois de renne du siĂšcle et de devoir lui dire au revoir parce que j’ai Ă©conomisĂ© 600 grammes de bagage trois jours plus tĂŽt.

À l’inverse, les batteries lithium resteront en cabine et la cartouche de gaz ne peut voyager ni en cabine ni en soute. Elle sera donc achetĂ©e en Finlande.

Quel poids final pour cinq jours en autonomie ?

C’Ă©tait Ă©videmment la question qui m’intĂ©ressait le plus.

Mon estimation initiale tournait autour de 12 Ă  13 kg.

AprĂšs avoir tout pesĂ©, supprimĂ© quelques trucs, remis quelques trucs, puis retirĂ© 40 grammes quelque part avant d’ajouter 130 grammes d’oreiller ailleurs, le rĂ©sultat est meilleur que prĂ©vu.

PostePoids approximatif au départ
Matériel personnel dans le sac, hors nourritureEnviron 7 à 7,5 kg
Nourriture et réserveEnviron 2,8 kg
Eau au départ1 kg
Part de matériel communQuelques centaines de grammes maximum
Sac au départEnviron 11-12 kg, suivant la répartition du matériel commun

Je suis franchement trÚs content du résultat.

Pour cinq jours d’autonomie, avec quasiment 3 kg de nourriture, un litre d’eau, une tente complĂšte, un couchage adaptĂ© Ă  des nuits proches de zĂ©ro et quelques vraies marges de secours, je considĂšre que le poids reste trĂšs faible.

L’ultralĂ©ger n’est pas forcĂ©ment l’art de ne rien prendre. C’est surtout savoir pourquoi chaque objet est dans le sac.

Je le rĂ©pĂšte Ă  quasiment chaque article (et qu’est-ce que tu vas faire ? C’est mon site, je fais ce que je veux !) : le poids d’un sac, c’est surtout le poids de nos peur (peur d’avoir froid ? Une plus grosse polaire… Peur d’avoir faim ? Je prends plus de bouffe… Peut d’avoir soif ? Je prends deux litres au lieu de un, etc, etc.)

L’alimentation : compter des calories plutĂŽt que des repas

La nourriture a probablement demandé presque autant de réflexion que le matériel.

Le piĂšge est assez simple.

On peut parfaitement prévoir un petit-déjeuner, un déjeuner, un dßner et deux collations
 puis découvrir que tout cela représente seulement 1 800 ou 2 000 kcal.

Parfait pour une journée passée devant Netflix.

Un peu moins pour marcher vingt kilomÚtres avec un sac sur le dos par 5 °C.

Le froid ajoute lui aussi une contrainte Ă©nergĂ©tique, notamment parce que le corps doit maintenir sa tempĂ©rature en plus de financer l’effort.

J’ai donc raisonnĂ© Ă  la fois en calories, en poids et en densitĂ© Ă©nergĂ©tique.

Parce que 3 000 ou 4 000 kcal de salade verte posent quelques problĂšmes logistiques (et gustatifs en ce qui me concerne. Sans parler de faire sa vinaigrette en pleine forĂȘt Lapone…).

Le contenu de la ration

AlimentQuantitĂ© totaleIntĂ©rĂȘt
Sablés232 gPetit-déjeuner dense et facile à manger
Mélange noix + fruits secs450 gTrÚs forte densité énergétique
Chocolat noir244 gCalories, lipides et amélioration scientifiquement indiscutable du moral
Crackers / pain croustillant400 gBase des déjeuners
Jerky maison240 gProtéines, conservation et faible encombrement
ComtĂ© 18 mois (luxe, je vous dis !…)240 gCalories, protĂ©ines, lipides et civilisation
Barres céréales10Collations et réserve
Soupes déshydratées4 portionsChaud, sel et hydratation
Repas lyophilisés4 repasDßners chauds complets et légers
Ration de secours1 ration + 1 barreRetard, repas perdu ou journée supplémentaire

Le jerky est maison.

Le Comté est du Comté.

Je pense que nous avons atteint le sommet de la technologie alimentaire occidentale.

Jerky maison, via déshydrateur.
Un banger. Comme disent les jeunes.
Enfin.. je crois.

Une journée type

Sur une journée complÚte, le principe est globalement le suivant.

Petit-déjeuner

  • sablĂ©s ;
  • mĂ©lange noix et fruits secs ;
  • chocolat noir ;
  • une barre ;
  • cafĂ© et sucre.

Déjeuner

  • crackers ;
  • 60 g de jerky ;
  • 60 g de ComtĂ©.

Pas de réchaud.

Pas de vaisselle.

On ouvre, on mange, on repart.

AprĂšs-midi

  • mĂ©lange noix et fruits secs ;
  • une barre ;
  • Ă©ventuellement un cafĂ©.

DĂźner

  • soupe ;
  • repas lyophilisĂ© ;
  • chocolat.

Le vendredi soir n’est pas transportĂ© : si tout se dĂ©roule normalement, nous serons revenus Ă  KiilopÀÀ.

Et aprĂšs plusieurs jours de lyophilisĂ©, j’ai l’intention de cĂ©lĂ©brer dignement le retour Ă  une assiette qui n’a pas besoin qu’on lui verse 400 ml d’eau bouillante dessus.

Le grand retour du Zip

Chaque journée possÚde son propre sachet.

Lundi.

Mardi.

Mercredi.

Jeudi.

Vendredi.

Le principe paraĂźt presque idiot tellement il est simple.

Mais justement, il fonctionne.

Je n’ai pas Ă  recalculer tous les matins combien de noix, de barres ou de chocolat je dois garder pour Ă©viter de terminer jeudi soir avec quatre cafĂ©s solubles et une demi-soupe.

La ration du jour est la ration du jour.

Autre particularitĂ© importante du parc : ce qu’on apporte avec soi doit repartir avec soi.

Il n’est Ă©videmment pas question de laisser nos emballages sur place.

Les sachets Zip ont donc une deuxiÚme vie : une fois la nourriture consommée, ils deviennent tout simplement des poubelles.

Le matin, le Zip transporte le déjeuner. Le soir, il transporte les preuves du déjeuner.

La prĂ©paration physique : ĂȘtre sportif ne veut pas dire ĂȘtre spĂ©cifiquement prĂ©parĂ©

Je ne partais évidemment pas du canapé.

Je fais rĂ©guliĂšrement de la musculation, de la course Ă  pied, beaucoup de marche quotidienne et pas mal d’activitĂ© physique liĂ©e aux travaux et aux rĂ©novations.

Ces derniÚres années, mes journées ont rarement été une démonstration magistrale de sédentarité.

En revanche, faute de temps entre le travail, les rĂ©novations et les autres projets, la randonnĂ©e avait perdu une partie de la place qu’elle occupait auparavant.

Je m’Ă©tais retrouvĂ© Ă  ne faire qu’une ou deux vraies grosses randonnĂ©es par an.

Pas forcĂ©ment des promenades digestives pour autant : l’annĂ©e derniĂšre, j’avais encore fait une journĂ©e d’environ 38 km (et 75 bornes en deux jours).

Et j’ai Ă©videmment dĂ©jĂ  enchaĂźnĂ© plusieurs journĂ©es de randonnĂ©e.

La question n’Ă©tait donc pas de savoir si j’Ă©tais capable de parcourir 20 kilomĂštres.

Je voulais simplement augmenter encore ma marge pour que l’enchaĂźnement des journĂ©es reste confortable, malgrĂ© la charge, le froid et la responsabilitĂ© supplĂ©mentaire liĂ©e au groupe.

Je sortais Ă©galement d’une pĂ©riode particuliĂšrement chargĂ©e.

Beaucoup de travail.

Beaucoup de rénovation.

Beaucoup d’activitĂ© physique.

Et, au dĂ©but de l’Ă©tĂ©, une sensation assez nette d’ĂȘtre arrivĂ© un peu en bout de ligne.

J’ai donc utilisĂ© cette randonnĂ©e comme un excellent prĂ©texte pour me remettre progressivement d’Ă©querre.

Une préparation spécifique pendant plusieurs semaines

L’objectif n’Ă©tait pas de devenir un athlĂšte de haute montagne (d’autant qu’il n’y a pas vraiment de haute montagne lĂ -bas
).

Je savais déjà pouvoir faire nettement plus de 20 km dans une journée.

L’objectif Ă©tait simplement que les Ă©tapes prĂ©vues restent trĂšs largement dans mes capacitĂ©s et qu’il reste de la rĂ©serve si une journĂ©e devenait plus longue, plus froide, plus humide ou simplement plus compliquĂ©e que prĂ©vu.

Encore une fois : créer de la marge.

Marcher davantage

La base de la prĂ©paration a Ă©tĂ© extrĂȘmement sophistiquĂ©e.

J’ai marchĂ©.

Et j’ai essayĂ© de faire une vraie randonnĂ©e chaque semaine.

Pas nécessairement 30 ou 40 kilomÚtres à chaque fois.

L’idĂ©e Ă©tait surtout de remettre de la rĂ©gularitĂ©, de refaire des heures de marche consĂ©cutives et de rĂ©habituer progressivement les jambes, les pieds et le dos Ă  la rĂ©pĂ©tition.

Le meilleur entraßnement pour marcher avec un sac reste étonnamment proche de : marcher avec un sac.

La science est parfois assez décevante.

Adapter la musculation

J’ai Ă©galement modifiĂ© temporairement mon programme de musculation.

Habituellement, je fonctionne plutĂŽt sur un schĂ©ma Push / Pull / Legs trois jours par semaine, auquel s’ajoutent une sĂ©ance de HIIT et environ 45 minutes de course Ă  pied (quand le temps le permet. On est ici sur l’idĂ©al).

Pendant cette préparation, qui a duré un mois, je suis plutÎt passé sur des séances full body.

Le haut du corps continuait surtout Ă  ĂȘtre entretenu avec les mouvements habituels, notamment le dĂ©veloppĂ© couchĂ© et les principaux exercices de tirage.

Mais j’ai donnĂ© davantage de place aux jambes.

Plus de mouvements unilatéraux.

Plus de travail des mollets.

Plus de stabilité.

L’idĂ©e n’Ă©tait Ă©videmment pas de fabriquer de nouveaux quadriceps en six semaines.

Il s’agissait surtout de renforcer les qualitĂ©s qui allaient rĂ©ellement servir pendant cinq journĂ©es successives de marche.

Mobilité et petits points faibles

J’ai Ă©galement essayĂ© d’ĂȘtre un peu plus disciplinĂ© sur la mobilitĂ©.

Chevilles.

Mollets.

Hanches.

Le genre de choses que l’on sait parfaitement qu’il faudrait travailler rĂ©guliĂšrement et que l’on remet habituellement au lendemain pendant environ huit ans.

Retester ce qui devait l’ĂȘtre

Il n’Ă©tait Ă©videmment pas nĂ©cessaire de redĂ©couvrir tout mon matĂ©riel.

Je connais dĂ©jĂ  mes chaussures, mes vĂȘtements, une bonne partie de mon Ă©quipement et la maniĂšre dont je fonctionne en bivouac.

Mais plusieurs éléments étaient nouveaux ou utilisés différemment.

  • La Lofoten (pas prĂ©cisĂ©, mais on me l’a prĂȘtĂ© celle-ci !).
  • Le NeoAir.
  • Le Bobcat 65.
  • Le sac avec sa charge rĂ©elle.

Ce sont donc surtout ces Ă©lĂ©ments-lĂ  que j’ai voulu tester avant de partir.

Il vaut mieux dĂ©couvrir Ă  quinze kilomĂštres de chez soi qu’une sangle saute que le dĂ©couvrir Ă  quinze kilomĂštres du refuge le plus proche.

La derniĂšre semaine : tapering

Enfin, la derniĂšre semaine est devenue trĂšs calme.

C’est le mĂȘme principe que le tapering avant une course ou un trail : diminuer fortement la charge pour arriver frais le jour J.

À quelques jours du dĂ©part, il est trop tard pour crĂ©er une adaptation physique significative.

En revanche, il reste largement assez de temps pour créer une contracture, des courbatures ou une douleur parfaitement inutile.

Donc quelques mouvements, un peu de marche, mais quasiment plus d’entraĂźnement.

À J-5, l’objectif n’est plus de devenir meilleur. L’objectif est d’arriver frais.

Whoop peut protester sur mon manque de strain.

Je survivrai.

Beaucoup de préparation pour seulement cinq jours ?

Oui.

Objectivement, peut-ĂȘtre.

J’aurais probablement pu reprendre mon ancien matĂ©riel, mettre quelques repas dans le sac et partir.

Et tout se serait peut-ĂȘtre trĂšs bien passĂ©.

Mais ce n’est finalement pas ainsi que j’ai vĂ©cu cette prĂ©paration.

Faire une randonnĂ©e supplĂ©mentaire chaque semaine n’Ă©tait pas une punition.

J’aime voir du paysage et me dĂ©penser.

Tester du matĂ©riel m’amuse.

Peser absolument tout est probablement le signe d’un problĂšme psychologique encore non diagnostiquĂ©, mais ça m’amuse Ă©galement.

PrĂ©parer le jerky, organiser les repas, comparer les solutions et rĂ©flĂ©chir Ă  l’itinĂ©raire font dĂ©jĂ  partie du voyage.

Ça densifie le projet.

Ce n’est plus simplement cinq jours de randonnĂ©e en septembre.

Ce sont plusieurs semaines pendant lesquelles cette randonnée a servi de fil conducteur.

À l’entraĂźnement.

Au matériel.

Aux sorties.

Aux discussions avec les personnes avec lesquelles je vais partir.

Finalement, les cinq jours de Laponie ne sont presque que la partie centrale du projet.

Et maintenant, départ

Nous sommes donc le 12 septembre 2026.

Je pars demain.

Et avant de poser le premier pied sur le sentier, il va déjà falloir voyager pendant quasiment une journée et demie.

Voiture jusqu’Ă  l’aĂ©roport du coin.

Avion jusqu’Ă  Helsinki.

Train entre l’aĂ©roport et la gare.

Train de nuit jusqu’Ă  Rovaniemi.

Puis bus jusqu’Ă  KiilopÀÀ.

Et seulement ensuite : marcher.

Si tout se passe comme prévu, je reviendrai compléter cet article courant fin septembre ou début octobre avec le RETEX complet.

Ce qui a réellement servi.

Ce qui est resté cinq jours au fond du sac.

Ce qui a fonctionné.

Ce qui m’a agacĂ©.

Ce que je prendrai Ă  nouveau.

Et probablement deux ou trois choses sur lesquelles j’aurai passĂ© des heures Ă  rĂ©flĂ©chir et qui se rĂ©vĂ©leront parfaitement inutiles.

Pour le moment, le tableur a fait son travail.

À partir de demain, ce sera au terrain de donner son avis.

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