Au départ, je voulais faire un comparatif.
Un vrai.
Le genre de truc parfaitement raisonnable avec un tableau, des petites croix vertes et, Ă la fin, un vainqueur.
WHOOP vs Fitbit Air.
- Lequel mesure le mieux le sommeil ?
- Lequel a la meilleure autonomie ?
- Lequel analyse le mieux une course ?
- Lequel possĂšde la meilleure IA ?
- Lequel mĂ©rite quâon lui donne notre argent ?
Bref : Internet.
Jâutilise WHOOP depuis suffisamment longtemps pour bien connaĂźtre ses qualitĂ©s, ses dĂ©fauts et ses petites manies. Mon abonnement arrivant Ă son terme, le nouveau Fitbit Air de Google Ă©tait un candidat assez Ă©vident pour prendre sa place.
Alors jâai portĂ© les deux.
MĂȘme poignet ? Non, jâen ai malheureusement besoin de deux.
Mais mĂȘmes nuits, mĂȘmes journĂ©es, mĂȘmes activitĂ©s, mĂȘmes sĂ©ances de sport et, autant que possible, mĂȘmes questions posĂ©es aux deux IA.
Et effectivement, jâai trouvĂ© des diffĂ©rences.
Plein.
Fitbit est meilleur pour certaines choses. WHOOP pour dâautres.
Mais au bout de quelques semaines, jâai surtout compris quelque chose dâun peu gĂȘnant pour mon magnifique comparatif : ce nâĂ©tait pas vraiment le sujet.
La vraie question nâĂ©tait pas de savoir quel bracelet possĂ©dait le plus de fonctions.
La vraie question Ă©tait : lequel me pousse rĂ©ellement Ă faire ce que jâai dĂ©cidĂ© de faire ?
Et derriĂšre ça se cache quelque chose de beaucoup plus intĂ©ressant que le choix dâun bracelet connectĂ©.
La connaissance de soi.
Pas celle qui consiste Ă savoir si lâon est plutĂŽt « introverti intuitif ascendant hibou ».
La vraie.
Celle qui consiste Ă connaĂźtre suffisamment bien ses propres faiblesses pour savoir exactement sur quel bouton appuyer.
Pourtant, techniquement, jâavais de quoi mâamuser
Rendons quand mĂȘme justice au comparatif.
Fitbit Air et WHOOP ne font pas exactement la mĂȘme chose de la mĂȘme maniĂšre.
Sur le sommeil, par exemple, Fitbit sâest montrĂ© beaucoup plus gĂ©nĂ©reux pendant mon test.
Les petits rĂ©veils Ă©taient plus facilement assimilĂ©s Ă de lâagitation. WHOOP, lui, les retranchait davantage du sommeil rĂ©el.
RĂ©sultat : mĂȘme nuit, deux histoires lĂ©gĂšrement diffĂ©rentes.
Fitbit :
Globalement, tout va bien.
WHOOP :
Vous avez dormi, certes. Mais nous devons parler de ce qui sâest passĂ© vers 3 h 17.
JâexagĂšre.
Ă peine.
Sur certaines nuits, WHOOP faisait apparaßtre des réveils dont je me souvenais parfaitement alors que Fitbit avait lissé tout ça.
MĂȘme chose avec une sieste (tellement rare en ce qui me concerne… je me suis vraiment donnĂ© pour ce test, pour vous… de rien) : WHOOP a Ă©tĂ© capable de distinguer le temps passĂ© allongĂ© du temps rĂ©ellement dormi. Fitbit a Ă©tĂ© beaucoup plus optimiste.
Jâaurais aimĂ© quâil ait raison.
Malheureusement, rester couché les yeux fermés ne constitue toujours pas juridiquement du sommeil.
Fitbit possĂšde en revanche quelques prĂ©sentations que je prĂ©fĂšre, notamment autour du temps dâendormissement.
Et dĂšs quâon part courir, il prend clairement sa revanche.
Parcours, allure kilomĂštre par kilomĂštre, accĂ©lĂ©rations, ralentissements, Ă©volution de lâintensitĂ©, rĂ©cupĂ©ration cardiaqueâŠ
Pour la course, je préfÚre largement Fitbit.
WHOOP suit correctement lâeffort et la frĂ©quence cardiaque, mais Fitbit raconte beaucoup mieux la course elle-mĂȘme.
Il y a aussi plein de petites différences de ce genre.
- Fitbit permet plusieurs alarmes.
- WHOOP vibre plus fort.
- Fitbit organise mieux une semaine dâentraĂźnement.
- WHOOP possÚde un Journal que je trouve infiniment plus intéressant.
- Fitbit peut demander à son IA de modifier directement une activité ou de créer une séance de mobilité.
- WHOOP rĂ©pond beaucoup plus vite… et, dans mon utilisation, plus souvent juste.
Google rĂ©ussit dâailleurs une performance assez fascinante : son IA est parfois capable de corriger trĂšs efficacement une donnĂ©e quâelle a elle-mĂȘme mal comprise quelques secondes auparavant.
Câest un peu comme avoir un stagiaire extrĂȘmement brillant qui casserait rĂ©guliĂšrement votre imprimante avant de vous expliquer comment la rĂ©parer.
WHOOP est globalement plus stable.
Mais WHOOP possÚde aussi quelques « merveilles ».
Chercher une activitĂ© sans le bon accent peut parfois ĂȘtre compliquĂ©.
Et jâai croisĂ© un exercice de musculation oĂč « back », au sens de « dos », avait Ă©tĂ© traduit en français par : « retour ».
Vous pourrez donc travailler demain : les pectoraux les biceps, les triceps… et les retours.
Lâavenir est radieux.


Le problĂšme, câest que les chiffres ne donnent pas forcĂ©ment la rĂ©ponse
On pourrait continuer longtemps.
- Calories.
- Pas.
- Distances.
- Sommeil.
- Récupération.
- Stress.
- VFC.
… et trĂšs vite apparaĂźt un petit problĂšme : les deux appareils ne donnent pas toujours les mĂȘmes chiffres.
Parfois mĂȘme pas du tout.
Ce qui est assez embĂȘtant quand on aime appeler ça des « donnĂ©es objectives ».
Lors dâune sortie, WHOOP mâa par exemple attribuĂ© un dĂ©nivelĂ© digne dâune Ă©tape alpine. Le parcours, lui, nâavait manifestement pas Ă©tĂ© prĂ©venu quâil devait contenir une montagne.
Et pourtant, aucun des deux bracelets ne possĂšde dâaltimĂštre dĂ©diĂ©.
VoilĂ voilĂ .
Concernant le sommeil, le problÚme est encore plus évident.
Un bracelet au poignet ne regarde pas directement votre cerveau dormir. Il observe des mouvements, votre fréquence cardiaque, ses variations et différents signaux physiologiques puis estime votre sommeil.
Les Ă©tudes comparant les trackers grand public Ă la polysomnographie montrent dâailleurs encore des diffĂ©rences significatives sur la durĂ©e totale de sommeil, lâefficacitĂ© du sommeil, le temps dâendormissement ou les pĂ©riodes Ă©veillĂ©es. Ils restent intĂ©ressants pour suivre des tendances, mais ne remplacent Ă©videmment pas un examen du sommeil.
Autrement dit : votre bracelet nâest pas la vĂ©ritĂ©.
Câest un miroir.
Un miroir un peu bizarre, parfois.
Mais si vous utilisez le mĂȘme miroir tous les matins, il peut finir par vous apprendre des choses.
Et câest lĂ , prĂ©cisĂ©ment, que mon comparatif a commencĂ© Ă dĂ©railler.



Le vrai intĂ©rĂȘt nâest peut-ĂȘtre pas de mesurer
Supposons que votre bracelet vous annonce tous les jours :
Vous nâavez pas assez bougĂ©.
La premiĂšre fois, vous vous en foutez.
La deuxiĂšme aussi.
Au bout dâun moment, vous faites quand mĂȘme un tour.
Félicitations.
Votre bijou technologique Ă plusieurs centaines dâeuros vient de rĂ©inventer votre mĂšre.
Mais ça fonctionne.
- Scores.
- Objectifs.
- Jauges.
- Couleurs.
- Séries.
- Récompenses.
- Ăge physiologique.
- Nombre de pas.
- Charge.
- Récupération.
Tous ces éléments ont un point commun : ils transforment des comportements en jeu.
Et le mot nâest pas pĂ©joratif.
La gamification est prĂ©cisĂ©ment lâutilisation de mĂ©canismes issus du jeu dans des activitĂ©s qui nâen sont pas.
Une mĂ©ta-analyse portant sur 36 essais randomisĂ©s et plus de 10 000 participants a trouvĂ© que les applications de santĂ© utilisant ces mĂ©canismes augmentaient modestement lâactivitĂ© physique, avec environ 489 pas supplĂ©mentaires par jour en moyenne par rapport aux interventions non gamifiĂ©es.
489 pas.
Ăa ne transformera personne en Kilian Jornet.
Mais multiplié par 365 jours, ça commence à faire une jolie promenade.
Et surtout, la moyenne cache quelque chose dâessentiel : nous ne rĂ©agissons pas tous aux mĂȘmes leviers (bande de victimes que nous sommes).
« Moi, la gamification, ça ne marche pas »
Cette phrase mâamuse.
Comme :
« Moi, la publicité ne marche pas sur moi. »
Bien sûr.
Les milliards dépensés chaque année en marketing sont principalement destinés aux autres.
Vous, vous ĂȘtes immunisĂ©.
MĂȘme chose pour la gamification.
Peut-ĂȘtre que vous vous foutez totalement des badges.
TrĂšs bien.
Ăa ne signifie pas que vous nâavez pas de corde sensible.
Ăa signifie que les badges ne sont pas votre corde sensible.
Certains vont refuser de casser une série de 48 jours.
Dâautres sâen moquent complĂštement mais deviennent soudain trĂšs motivĂ©s lorsquâils voient leur courbe descendre.
Certains veulent battre quelquâun.
Dâautres veulent se battre eux-mĂȘmes.
Certains adorent ĂȘtre fĂ©licitĂ©s.
Dâautres ont besoin quâon leur dise :
Tu peux faire mieux.
Certains veulent remplir toutes les cases.
Certains veulent atteindre 10 000 pas parce que 9 842 leur donne envie de sortir marcher autour de la maison en pyjama Ă 23 h 57.
Ne riez pas.
Vous savez trĂšs bien que des gens le font.
Et dâautres encore sont incapables de se passionner pour une journĂ©e mais deviennent obsĂ©dĂ©s par une tendance Ă six mois.
Nous avons tous des leviers.
Si vous pensez sincÚrement ne pas en avoir, il y a une autre possibilité : vous ne vous connaissez simplement pas encore suffisamment.
Et finalement, un bracelet connecté peut devenir une maniÚre assez intéressante de découvrir lesquels.

Fitbit et WHOOP ne tirent pas sur la mĂȘme corde
Câest probablement la diffĂ©rence principale que jâai ressentie entre les deux.
Fitbit pense beaucoup en semaine.
Vous définissez vos objectifs.
Le coach regarde ce que vous avez fait.
Ce quâil reste Ă faire.
Ce qui est prévu demain.
Vous avez fait une activitĂ© lĂ©gĂšre aujourdâhui ?
TrĂšs bien.
Vous avez une grosse séance demain ?
Essayez de bien dormir cette nuit.
Lâensemble est cohĂ©rent.
PlutĂŽt intelligent.
Et assez sympathique.
WHOOP me paraĂźt davantage penser : aujourdâhui.
Comment avez-vous récupéré ?
Quelle charge avez-vous accumulée ?
Avez-vous suffisamment sollicité votre organisme ?
Combien devez-vous dormir ?
Ă quelle heure devriez-vous vous coucher ce soir ?
Et WHOOP possĂšde un lĂ©ger cĂŽtĂ© professeur de sport qui vous regarde depuis lâautre bout du gymnase.
Vous avez beaucoup marché ?
Câest mignon. Mais oĂč est le cardio ?
Vous avez fait une séance tranquille ? TrÚs bien. Demain, nous reparlerons de vos objectifs.
Fitbit est davantage le gentil coach.
WHOOP est plus exigeant.
Et pendant longtemps jâai considĂ©rĂ© ça comme un dĂ©faut.
Puis je me suis demandé : lequel me fait réellement agir ?
Et là , la réponse est devenue plus compliquée.
Le lundi est le principal ennemi de la vision hebdomadaire
Jâaime beaucoup la logique Fitbit.
Vraiment.
Mais imaginons que jâai trois sĂ©ances prĂ©vues cette semaine.
Lundi, je nâai pas envie.
Pas grave. Jâai encore six jours.
Mardi arrive.
Il pleut. Bon. Mercredi sera trĂšs bien.
Mercredi, je suis occupé.
Il reste jeudi, vendredi, samedi et dimanche.
Large.
Puis soudain nous sommes dimanche soir.
Et une anomalie spatio-temporelle totalement imprévisible vient de se produire : la semaine est terminée.
Câest ce quâon appelle communĂ©ment procrastiner.
Et la vision hebdomadaire offre beaucoup dâespace Ă la nĂ©gociation avec soi-mĂȘme.
WHOOP me laisse moins tranquille.
La journée existe maintenant.
Le score existe maintenant.
Lâobjectif existe maintenant.
La recommandation existe maintenant.
Il y a quelque chose de plus immédiat.
De légÚrement irritant parfois.
Mais justement : lâirritation fonctionne sur moi (la victime que je suis…).
Nous devrions apprendre Ă nous manipuler nous-mĂȘmes
Le mot « manipulation » fait peur.
Utilisons-le quand mĂȘme (parce que c’est mon article et je fais ce que je veux).
Si vous savez que vous videz systĂ©matiquement le paquet de biscuits lorsquâil est ouvert, une solution assez efficace consiste Ă ne pas acheter le paquet.
Vous venez de manipuler votre environnement pour contourner une faiblesse parfaitement identifiée.
Personne nâappelle ça de la triche.
On appelle ça avoir compris comment on fonctionne.
Pourquoi ne pas faire exactement la mĂȘme chose avec la discipline ?
- Si je sais quâune sĂ©rie me pousse Ă agir : je crĂ©e une sĂ©rie.
- Si je sais quâune compĂ©tition me motive : je trouve un adversaire.
- Si je sais quâune deadline me fait bouger : jâen crĂ©e une.
- Si je sais quâun score quotidien me pousse Ă ne pas reporter : jâutilise un score quotidien.
Câest presque du social engineering appliquĂ© Ă soi-mĂȘme.
On identifie la faille.
Puis on lâexploite volontairement.
Avec une diffĂ©rence assez importante : cette fois, la victime et le bĂ©nĂ©ficiaire sont la mĂȘme personne.
Ăa me paraĂźt beaucoup plus intĂ©ressant que dâattendre chaque matin lâapparition miraculeuse de la « motivation ».
La motivation est formidable.
Quand elle vient.
La discipline sert surtout les jours oĂč la motivation a piscine (et dieu sait qu’elle aime nager cette connas… gourgandine).
Attention quand mĂȘme Ă ne pas tirer trop fort sur la corde
Parce que le mécanisme peut parfaitement se retourner contre nous.
Prenons le sommeil.
Vous vous réveillez.
Vous vous sentez plutĂŽt correctement.
Vous ouvrez votre application.
Mauvaise récupération.
Ah. Bon.
Maintenant que vous le ditesâŠ
Peut-ĂȘtre que je suis fatiguĂ©.
Un peu lourd.
Cette sĂ©ance prĂ©vue aujourdâhui ?
Avec un score pareil ?
Est-ce vraiment raisonnable ?
Ă lâinverse, imaginez que vous pensiez avoir passĂ© une nuit mĂ©diocre et que votre bracelet vous annonce :
Excellente nuit.
Peut-ĂȘtre allez-vous soudain relativiser votre fatigue.
Ce nâest pas uniquement philosophique.
Des chercheurs ont donnĂ© Ă des personnes souffrant dâinsomnie de fausses informations concernant la qualitĂ© de leur sommeil. Ceux recevant un retour nĂ©gatif rapportaient ensuite davantage de fatigue et de somnolence et une cognition moins alerte que ceux recevant un retour positif.
Une autre expĂ©rience sur le « placebo sleep » avait dĂ©jĂ montrĂ© que faire croire Ă des participants quâils avaient bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun sommeil de meilleure ou moins bonne qualitĂ© pouvait influencer certaines performances cognitives.
VoilĂ qui devient amusant.
Ou inquiétant.
Le bracelet mesure-t-il notre état⊠ou participe-t-il à le fabriquer ?
On retombe ici sur le terrain des biais psychologiques.

Le Fitbit gentil et le WHOOP sévÚre
Cette question mâest revenue rĂ©guliĂšrement pendant le test.
Fitbit est plutĂŽt encourageant.
Vous avez fait quelque chose ?
TrĂšs bien.
Il valorise.
Il remet lâactivitĂ© dans votre semaine.
Il vous parle de demain.
WHOOP peut ĂȘtre nettement plus exigeant.
Parfois utilement.
Parfois de façon assez discutable.
Il mâest arrivĂ© de recevoir une analyse trĂšs critique de ma charge rĂ©cente alors que, lorsquâon demandait ensuite Ă lâIA de vĂ©rifier rĂ©ellement les activitĂ©s des jours prĂ©cĂ©dents, elle reconnaissait que la semaine avait Ă©tĂ© plutĂŽt solide.
Donc oui : ĂȘtre exigeant, câest bien.
Ătre exigeant aprĂšs avoir lu le dossier, câest encore mieux.
Mais je me suis aperçu que le cÎté plus positif de Fitbit avait lui aussi un revers.
Il me félicite davantage.
Il met moins de pression.
Câest agrĂ©able.
Mais je ne cherche pas nĂ©cessairement un appareil agrĂ©able. Je cherche un outil qui mâaide Ă respecter ce que jâai dĂ©cidĂ©. (qui a dit maso ? QUI ?…)
Ce nâest pas exactement la mĂȘme chose.
Et si le bracelet finit par devenir le problĂšme ?
Le sommeil est probablement le meilleur exemple.
Nous avons inventĂ© un mot pour dĂ©crire lâobsession de vouloir obtenir le sommeil parfait selon les donnĂ©es dâun tracker : lâorthosomnie.
Le concept dĂ©crit des personnes tellement prĂ©occupĂ©es par lâoptimisation de leurs donnĂ©es de sommeil quâelles finissent par dĂ©velopper des comportements et inquiĂ©tudes contre-productifs. Des travaux rĂ©cents suggĂšrent que le phĂ©nomĂšne existe rĂ©ellement chez une fraction des utilisateurs de trackers, mĂȘme si porter un wearable ne provoque Ă©videmment pas automatiquement une anxiĂ©tĂ© du sommeil.
Câest assez merveilleux.
Vous achetez un objet pour améliorer votre sommeil.
Puis vous vous couchez en pensant :
Il faut absolument que je dorme bien.
Parce que votre score a baissé hier.
Ce qui vous stresse.
Donc vous ne dormez pas.
Le progrĂšs.
La bonne rĂšgle me paraĂźt donc assez simple : un bracelet doit rester un tableau de bord.
Pas devenir le conducteur.
Si je me sens trĂšs bien et que WHOOP mâannonce une rĂ©cupĂ©ration moyenne, jâĂ©coute lâinformation.
Je nâai pas signĂ© un contrat stipulant que je devais soudain me sentir mal.
Si Fitbit mâannonce une nuit fantastique alors que jâai lâimpression dâavoir Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© quatorze fois par un orchestre de casseroles, je conserve Ă©galement le droit de ne pas ĂȘtre dâaccord.
Les données complÚtent la perception.
Elles ne la remplacent pas.
Le Journal WHOOP : probablement la fonction qui me manquerait le plus
Et câest ici que je reviens Ă la connaissance de soi.
WHOOP possĂšde un Journal qui permet de suivre les comportements que lâon souhaite observer rĂ©guliĂšrement.
Puis, avec suffisamment de donnĂ©es, lâapplication cherche Ă identifier leurs associations avec la rĂ©cupĂ©ration et le sommeil.
LâintĂ©rĂȘt nâest pas quâelle vous annonce :
Lâalcool peut perturber le sommeil.
Breaking news.
LâintĂ©rĂȘt est plutĂŽt :
Quand vous faites ceci, que se passe-t-il généralement ensuite ?
Ăvidemment, cela ne dĂ©montre pas une causalitĂ©.
Si une habitude apparaĂźt uniquement les jours oĂč vous vous couchez tard, mangez nâimporte quoi et dansez nu sur une table, il sera dĂ©licat de dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment le responsable.
Mais cela oblige Ă observer.
Ă tester.
à confronter ses intuitions à quelque chose de mesuré.
Et je trouve ça extrĂȘmement puissant.
Parce que la connaissance de soi nâest pas simplement :
Je pense que je fonctionne comme ça.
Câest aussi ĂȘtre capable de demander :
Est-ce vraiment le cas ?

MĂȘme chose avec WHOOP Age
WHOOP possÚde également son systÚme Healthspan, avec WHOOP Age et Pace of Aging.
Attention.
Je ne pense pas quâun bracelet au poignet ait soudain dĂ©couvert votre « vĂ©ritable Ăąge biologique » avec une prĂ©cision mystique.
WHOOP prĂ©cise dâailleurs lui-mĂȘme quâil nâexiste pas de rĂ©fĂ©rence clinique permettant de valider WHOOP Age comme un Ăąge biologique au sens mĂ©dical. Le score utilise notamment plusieurs mois de donnĂ©es liĂ©es au sommeil, Ă lâactivitĂ© et Ă la condition physique ; WHOOP Age regarde particuliĂšrement le long terme, tandis que Pace of Aging rĂ©agit davantage aux habitudes rĂ©centes.
Le chiffre exact mâintĂ©resse finalement assez peu.
Ce que jâaime, câest la direction.
Sur plusieurs mois : est-ce que mes habitudes vont globalement dans le bon sens ?
Câest encore une corde sensible diffĂ©rente.
Je ne suis pas uniquement sensible (qui, encoooore, a dit « victime » ? Je vous entends, hein…) au :
Fais quelque chose aujourdâhui.
Je le suis aussi au :
Regarde ce que tu es en train de construire sur six mois.
Et voilà précisément ce qui me manque chez Fitbit.
Fitbit gagne la semaine. WHOOP gagne chez moi.
Câest probablement mon rĂ©sumĂ© aprĂšs ce test.
Fitbit est excellent pour organiser la semaine.
Son IA possĂšde une vue dâensemble sĂ©duisante.
Son analyse de la course est meilleure.
Il possĂšde des fonctions pratiques que jâaimerais retrouver chez WHOOP.
Et lâĂ©cart entre les deux produits est aujourdâhui suffisamment faible pour que le prix de WHOOP devienne franchement difficile Ă ignorer.
Google commercialise le Fitbit Air autour de 100 ⏠et son coaching avancĂ© passe par Google Health Premium (100⏠par an) ; WHOOP reste sur un modĂšle dâabonnement nettement plus coĂ»teux (225⏠par an).
Si je cherchais simplement : le meilleur rapport nombre-de-fonctions/euros, je ne suis pas certain de choisir WHOOP.
Mais ce nâest plus ma question.
Ma question est : lequel me fait faire davantage de choses que jâai dĂ©cidĂ© de faire ?
Et aujourdâhui, pour moi, câest WHOOP.
- Pas parce quâil est gentil. Il ne lâest pas toujours.
- Pas parce quâil possĂšde toutes les fonctions. Il ne les possĂšde pas.
- Pas parce que toutes ses donnĂ©es seraient exactes. Aucun bracelet ne peut s’en targuer.
Mais parce que sa combinaison de pression quotidienne, de suivi des habitudes et de vision longue utilise mieux mes propres leviers comportementaux.
Quelquâun dâautre pourra parfaitement arriver Ă la conclusion inverse.
Mais attention : pas simplement parce que « chacun est différent ».
Cette phrase permet souvent dâarrĂȘter de rĂ©flĂ©chir prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč cela devenait intĂ©ressant.
La vraie question est : en quoi ĂȘtes-vous diffĂ©rent ? Quâest-ce qui vous fait agir ?
- La récompense ?
- La culpabilité ?
- La compétition ?
- Une série ?
- Une courbe ?
- La peur de perdre ?
- Lâenvie de gagner ?
- Un objectif public ?
- Une deadline ?
- Un coach encourageant ?
- Un coach qui vous casse légÚrement les pieds ?
Vous avez forcément des cordes sensibles.
Comme tout le monde.
La compétence consiste à les trouver.

Le meilleur quantified self consiste peut-ĂȘtre Ă quantifier beaucoup moins que soi
Je pensais que porter deux bracelets allait surtout mâapprendre lequel mesurait le mieux mon sommeil.
Finalement, le plus intéressant aura été ailleurs.
Ces appareils nous donnent des chiffres sur notre corps.
Mais leur vĂ©ritable intĂ©rĂȘt est peut-ĂȘtre de nous apprendre quelque chose sur notre cerveau.
à quoi réagissons-nous ?
Quâest-ce qui nous pousse ?
Quâest-ce qui nous fait procrastiner ?
Quâest-ce qui nous encourage suffisamment ?
Quâest-ce qui nous encourage trop ?
Ă quel moment une contrainte devient-elle utile ?
Ă quel moment devient-elle toxique ?
Sommes-nous seuls dans l’univers ? (cette question n’a rien Ă voir, mais c’est pour voir si tu suis)
Et comment construire autour de nous un systĂšme qui augmente les chances de faire demain ce quâon avait dĂ©cidĂ© hier ?
Câest beaucoup moins sexy quâun nouveau capteur optique.
Mais probablement beaucoup plus utile.
Parce quâau fond, nous savons dĂ©jĂ tous Ă peu prĂšs ce quâil faudrait faire.
Bouger.
Dormir correctement.
Faire un peu de cardio.
Soulever des trucs avant de les reposer au mĂȘme endroit.
Manger raisonnablement.
Récupérer.
Ătre rĂ©gulier.
Le problĂšme nâa jamais vraiment Ă©tĂ© de connaĂźtre cette liste.
Le problĂšme, câest de la faire.
Alors oui.
Je vais continuer avec WHOOP.
Mais le rĂ©sultat du test nâest finalement pas :
WHOOP est meilleur que Fitbit.
Câest plutĂŽt :
jâai compris pourquoi WHOOP fonctionne mieux sur moi.
Et cette distinction est importante.
Parce que le jour oĂč il ne fonctionnera plus, je saurai davantage ce que je dois chercher chez son remplaçant.
Pas un meilleur capteur.
Pas nécessairement une meilleure IA.
Pas trois graphiques supplémentaires.
La bonne corde.
Et si vous ne savez pas encore laquelle est la vĂŽtre⊠vous venez peut-ĂȘtre de trouver quelque chose de beaucoup plus intĂ©ressant Ă mesurer que votre nombre de pas.
De rien.




