Comment se déplacer en zone urbaine en cas de rupture de la normalité ?

de Sven
Publié le : DerniÚre mise à jour le

(Texte rédigé par un lecteur de NoPanic, ancien militaire)

Les exemples de ruptures de la normalité en ville dans un contexte de violence plus ou moins important ne manquent pas : guerres, émeutes, délinquance ou événement climatique.

Ces exemples montrent aussi que la durĂ©e de ces ruptures peut varier de quelques jours Ă  plusieurs annĂ©es.     

Hors nous sommes nombreux Ă  habiter en Zone URBaine (Z.URB) ou pĂ©ri-urbaine, et si nous nous retrouvons coincĂ©s en ville pour un temps plus ou moins long dans ce contexte, nous risquons alors d’ĂȘtre amenĂ©s Ă  devoir nous dĂ©placer pour diverses raisons.

Nous allons donc étudier la meilleure façon de se déplacer en ville dans ce type de contexte.

Contexte et mise en situation

Dans le cadre de tel Ă©vĂ©nement, en gĂ©nĂ©ral, l’ordre n’est globalement plus assurĂ© par les forces de l’ordre qui restent au mieux concentrĂ©es autour des centres de dĂ©cision du pouvoir.

Cela se traduit par :

  • les commerces alimentaires sont vides ou rationnĂ©s ;
  • la pĂ©nurie d’essence se fait sentir, faute d’approvisionnements ;
  • le marchĂ© noir a fait son apparition ;
  • certains quartiers sont tenus par des gangs et/ou groupes armĂ©s ;
  • des voisins s’organisent pour se sĂ©curiser et chercher de quoi nourrir leurs familles.

Tous ces Ă©lĂ©ments peuvent (ou non) ĂȘtre simultanĂ©ment prĂ©sents, ou se mettre en place progressivement.

Plus cette rupture de normalité durera, sans retour du régalien, et plus la Z.URB verra une organisation nouvelle se mettre en place. Organisation dont il faudra apprendre maitriser les codes pour se déplacer en sureté.

Raisons possibles d’un dĂ©placement

Les raisons peuvent ĂȘtre multiples : chercher de la nourriture, du matĂ©riel, des mĂ©dicaments, aller Ă©changer au marchĂ© noir, etc.

Déplacements effectués par des civils en petits groupes (de 2 à 5 individus) ou éventuellement « seul », sans connaissance particuliÚre sur les savoir-faire professionnels du déplacement en Z.URB hostile.

Un milieu particuliĂšrement abrasif pour les corps

La Z.URB est un milieu particuliÚrement « abrasif » pour les organismes.

Le tĂ©moignage d’une section d’infanterie amĂ©ricaine, lors de la bataille de Fallouja qui dura trois semaines en 2005, montre que les soldats eurent plus Ă  souffrir de la poussiĂšre, de la chaleur, des micros blessures provoquĂ©es par les dĂ©bris et des conditions d’hygiĂšne, que de l’ennemi.

Au bout de quelques jours, le nombre de gastro-entérite fut un véritable problÚme.

Non seulement la capacitĂ© opĂ©rationnelle Ă©tait affaiblie mais, faute de moyens d’évacuation des dĂ©chets et d’échange des tenues, les soldats vivaient (littĂ©ralement) dans leur merd


L’Ă©lectricitĂ© : la vraie dirigeante de la ville

Nos villes occidentales modernes sont entiĂšrement dĂ©pendantes de l’électricitĂ©.

Sans elle, plus rien ne fonctionne et en particulier tout ce qui permet l’évacuation des dĂ©chets humains, l’alimentation en eau ainsi que l’éclairage de l’intĂ©rieur des bĂątiments et autres structures souterraines.

Les portes automatiques restent bloquĂ©es, les systĂšmes d’alarme et de sĂ©curitĂ© incendie deviennent inopĂ©rants au bout de quelques heures, les rideaux des supermarchĂ©s restent fermĂ©s et plus moyen de retirer de l’argent dans un distributeur.

Devoir monter au huitiĂšme Ă©tage sans ascenseur devient sportif si l’on transporte quelque chose et il est impossible de faire Ă  manger avec des plaques Ă©lectriques.

Les trois « ennemis » permanents

1 – L’environnement et les blessures

Le premier « ennemi » est le danger qui est omniprésent et dont il faut se protéger : chocs, coupures, chutes, poussiÚre, gravats, débris, incendie, fumées, gaz, électricité, produits chimiques, hydrocarbures, etc.

L’hygiĂšne gĂ©nĂ©rale Ă©galement, qui se dĂ©grade rapidement : dĂ©chets mĂ©nagers, cadavres, rats, eau polluĂ©e, matiĂšres fĂ©cales, etc. ; tout ceci favorisant la propagation des maladies.

Plus cela se dĂ©grade, plus c’est abrasif

2 – Les dĂ©placements en « 4D », en extĂ©rieur et en intĂ©rieur

Pourquoi en quatre dimensions ?

  • la subsurface (sous-sols),
  • la surface,
  • la super-surface (les Ă©tages et niveaux supĂ©rieurs),
  • l’aĂ©rien.

Quelques rÚgles générales pour les déplacements :

  • Ils se feront en zone connue, mais Ă©galement inconnue (avantage alors Ă  celui qui y habite),
  • Il faut penser en durĂ©e de dĂ©placement et non en distance.
  • L’orientation est un gage de rapiditĂ©.
  • Le chemin le plus court n’est pas nĂ©cessairement le meilleur et il faut parfois faire des dĂ©tours
  • Vous serez amenĂ© Ă  progresser de nuit ou dans des bĂątiments sans lumiĂšre.

3 – Les franchissements

Vous serez confrontés à deux types de franchissement :

  • Obstacles horizontaux (portes, cadenas, vitres sĂ©curisĂ©es, grilles, chaines, etc.) qui sont souvent « rĂ©solus » par l’effraction.
  • Obstacles verticaux (escaliers impraticables, pont effondrĂ©, etc.), qui sont gĂ©nĂ©ralement rĂ©solus par un franchissement vertical.

Comment anticiper et se préparer ?

Dans ce type de situation, d’environnement et face Ă  ces dangers, il faut :

  • PrĂ©parer son dĂ©placement (Pourquoi ? OĂč ? Par oĂč ? Quand ? Comment ? Avec qui ? Potentiellement contre qui ?),
  • Avoir un minimum de matĂ©riel sur et avec soi,
  • Adopter un (low) profil nous permettant de ne pas devenir un centre d’intĂ©rĂȘt pour d’éventuels « malfaisants » ; c’est-Ă -dire, Ă  mon sens, le profil de « l’homme gris », limite clodo (Ă  privilĂ©gier surtout si l’on est seul) et non le profil du « Tactical Gear ».

Quel matériels faut-il ? La liste idéale

Nous allons maintenant passer en revue une liste d’équipements et matĂ©riels, qui se veut la plus exhaustive / idĂ©ale possible.

Liste d’Ă©quipements pour se protĂ©ger

  • Tenue solide (jeans, vĂȘtements de chantier, veste ample pour dissimuler gilet de portage, outils, etc.). Un mixte entre noir et gris permettra de ne pas trop ressembler aux forces de l’ordre. Pour rester discret, on oubliera aussi les camo urbain, shemag et autres patchs « punisher ».
  • Chaussures montantes (Ă©viter de se fouler une chevilles).
  • GenouillĂšres et coudiĂšres (ce sont des zones particuliĂšrement sensibles quand elles heurtent les murs ou le trottoir). Les coudiĂšres pourront ĂȘtre portĂ©es sous la veste ample et il existe de plus en plus de pantalons de travail ayant des genouillĂšres intĂ©grĂ©es afin d’ĂȘtre toujours dans la discrĂ©tion.
  • Gants (mitaines Ă  minima) pour protĂ©ger des microcoupures (dĂ©bris divers, verre coupĂ©, etc.).
  • Lunettes couvrantes (poussiĂšre, Ă©clats).
  • Masque FFP3 (en cas de forte poussiĂšre), Ă  mettre uniquement en cas de besoin, pour privilĂ©gier la discrĂ©tion.
  • Bouchons Anti Bruits (les explosions et dĂ©tonations sont particuliĂšrement traumatisantes en espace clos).
  • Casque pour les chocs et les Ă©clats Ă  la tĂȘte (kevlar, airsof, vĂ©lo). LĂ  encore, Ă  sortir du sac en fonction de la situation.

Liste d’Ă©quipements pour se dĂ©placer

  • Plan de la ville.
  • Boussole, mĂȘme si l’on possĂšde un G.P.S., car ce dernier ne passe pas partout, peut ĂȘtre brouillĂ© et fonctionne Ă  l’électricitĂ©.
  • Jumelles : elles sont indispensables pour observer l’environnement ainsi que les points particuliers, comme les points de passage obligĂ©s (carrefours, ponts, etc.), les fenĂȘtres qui pourraient ĂȘtre des positions de tir, l’entrĂ©e d’un immeuble oĂč l’on doit pĂ©nĂ©trer (zut ! il y a une chaine et un cadenas = moyen d’effraction). On progressera donc de points d’observation en points d’observation. Entre deux points d’observation, la progression sera rapide afin d’éviter de devenir une cible trop facile. Cette maniĂšre de progresser permettra d’éviter de se retrouver coincĂ© ou de devoir faire demi-tour en plein milieu d’une rue, ce qui nous exposerait inutilement. Pour ce faire, pas besoin d’une paire de jumelle de marine. Une paire de jumelle de voyage en 10×32, 12×42 fera l’affaire, voire une simple monoculaire.
  • Lampe frontale (blanche / rouge) – piles de rechange.
  • Jumelle de vision nocturne avec Ă©quipement de tĂȘte (si possible). C’est un plus lorsqu’il fait nuit et dans les lieux sans Ă©clairage et Ă©lectricitĂ©, comme une rĂ©serve de magasin ou un parking souterrain, afin de se dĂ©placer sans ĂȘtre repĂ©rĂ©.

Liste d’Ă©quipements pour franchir / fracturer

  • A minima : matraque tĂ©lescopique acier (P1) pour briser une vitre, hachette ou tomawak (P2). J’aime bien aussi le pied de biche pour sa polyvalence au rapport de son faible coĂ»t.
  • IdĂ©alement : coupe boulon, pince multifonctions, marteau arrache clous, scie pliante, clĂ© multifonctionnelle armoires techniques.
  • Corde de rappel, baudrier, descendeur, mousquetons, corde Ă  nƓud + grappin, Ă©chelle souple de spĂ©lĂ©o.

Liste d’Ă©quipements pour se soigner et pour l’hygiĂšne

  • Trousse de secours (trauma / bobologie dont gastro). On peut prĂ©voir deux types de trousse de secours : une Ă  minima pouvant ĂȘtre mise dans une poche de gilet (comprenant 1 garrot SWAT-T, 1 pansement compressif israĂ©lien, 1 ciseau coupe vĂȘtement, du produit dĂ©sinfectant, des pansements + elastoplaste pour les faire tenir, 2 cachets d’antalgique, de l’argile vert ou Smecta pour la diarrhĂ©e) et une plus complĂšte se logeant dans le sac Ă  dos. Celle-ci pouvant mĂȘme ĂȘtre « collective » si l’on part Ă  plusieurs.
  • Mouchoirs en papier (sert aussi de papier toilette).
  • Si l’on prĂ©voit de partir 24 heures ou plus : lingettes nettoyantes, brosse Ă  dents + dentifrice (du confort qui a aussi un impact psychologique)

Liste d’Ă©quipements pour s’hydrater et s’alimenter

  • Gourde, gourde pliante (Ă  remplir si l’on trouve un point d’eau).
  • Pastilles purification eau, teinture d’iode, javel.
  • Gourde filtrante.
  • Paille filtrante.
  • RĂ©chaud (type Esbit) et gamelles… ou rations de survie, pour Ă©viter de devoir faire du feu.

Liste d’Ă©quipements pour la rĂ©gulation thermique

  • Couvre-chef (en fonction de la saison) type bonnet, casquette.
  • Poncho.
  • Veste chaude (en fonction de la saison ou si l’on prĂ©voit de dormir dehors).
  • ChĂšche coton-lin.
  • Paire de chaussettes de rechange.
  • Briquet + bougie de survie.

Liste d’Ă©quipements pour observer et mesurer

  • Jumelles (encore).
  • Miroir (pour regarder sans sortir la tĂȘte de l’angle d’un mur).
  • TĂ©lĂ©mĂštre (si possible).

Liste d’Ă©quipements pour se camoufler

  • FumigĂšne d’air-soft (permet de franchir un espace dĂ©couvert ou de quitter une position ou l’on est exposĂ© au tir d’un sniper par exemple). Le sniper pourra toujours tirer mais ne pourra pas vous ajuster facilement.
  • Stick camo / cagoule ou filet camo.
  • Morceau de tissus « cassant la silhouette », etc.

Liste d’Ă©quipements pour communiquer

Liste d’Ă©quipements pour dĂ©miner / protĂ©ger sa position

  • Jumelles (encore et toujours) pour dĂ©tecter au sol ce qui semble anormal.
  • Paracorde + nƓud tĂȘte de turc lestĂ©e. Ce systĂšme permet, aprĂšs l’avoir lancĂ©, d’accrocher les fils piĂšges Ă©ventuels en ramenant la paracorde vers soi et de dĂ©clencher l’explosion. Cela manque de discrĂ©tion mais est efficace si vous ne pouvez pas contourner la zone.
  • Fil de pĂȘche + flash-bang d’airsoft. Si l’on doit passer la nuit dans un bĂątiment, la mise en place d’un piĂšge sur un passage obligatoire (porte, passerelle, etc.) pour alerter en cas d’intrusion vous mettra en alerte et vous donnera un dĂ©lai pour rĂ©agir. Surtout si vous ĂȘtes seul : vous devrez bien trouver un moment pour dormir.

Liste d’Ă©quipements divers

  • Couteau pliant avec brise vitre.
  • Paracorde.
  • Duct tape.
  • Crayon / carnet Ă©tanche (type « rite in the rain »).
  • Mini ouvre-boite (rien n’est plus idiot que de devoir risquer de se blesser avec un couteau pour ouvrir une boite de conserve que l’on vient de rĂ©cupĂ©rer).
  • Musette ou sac Ă  dos pour rĂ©cupĂ©rer du matos.

Liste d’Ă©quipements pour se dĂ©fendre

Par principe, on Ă©vitera toujours l’affrontement, au risque de se retrouver blessĂ©, ou mort.

Néanmoins, dans certaines situations, il ne sera pas possible de faire autrement.

  • Matraque acier.
  • Hachette.
  • Couteaux.
  • Spray au poivre (animaux).
  • Menotte souples (serflex)
  • FumigĂšnes (3),
  • Flash-bang (1 – 2),
  • Etc.

Les protections balistiques (gilet ou plaque stand-alone) peuvent ĂȘtre un plus en cas de confrontation armĂ©e.

NĂ©anmoins, une protection balistique pĂšse son poids, doit ĂȘtre stockĂ©e Ă  l’abri de la lumiĂšre et de la chaleur, nĂ©cessite d’avoir une « couche » pare-lames et d’ĂȘtre au minimum de classe IIIA ou IV sans oublier que la plupart ne sont pas multi impacts (une seule utilisation) et que le prix n’est pas donnĂ©.

A chacun de voir s’il risque d’en avoir l’usage. On peut trouver sur un site comme Natura-buy des gilets de « destokage » a des prix abordables qui feront l’affaire si l’on est dans une optique de protection supplĂ©mentaire de « l’homme gris ». Si l’on est plutĂŽt dans l’option « civil armĂ© » s’affichant comme tel, l’achat de protections neuves est recommandĂ©e.

La liste est donc bien longue et il faut pouvoir emporter et porter tout cela. Ce qui est clairement impossible si l’on est seul.

Liste d’Ă©quipement pour une personne seule

Si je devais partir seul, ma liste a minima de « l’homme gris » serait la suivante :

Ma tenue

L’idĂ©e est d’ĂȘtre en bicolore noir/gris pour plus de discrĂ©tion :

  • pantalon de chantier ou treillis avec poche cargo (gris),
  • veste type « smoke Arktis » (noire) pour ses nombreuses poches, dans une taille suffisamment ample pour avoir plusieurs couches en hiver par exemple.

Partant du principe qu’ « on se dĂ©fend avec ce que l’on a sur ses Ă©quipements et que l’on survit avec ce que l’on a dans ses poches »…

Voici le fond de mes poches :

  • boussole,
  • plan de la ville,
  • lampe frontale + piles de rechange (deux jeux),
  • bonnet,
  • chĂšche,
  • mouchoirs en papier,
  • mitaines,
  • couteau pliant avec brise vitre,
  • ration Ă©nergĂ©tique,
  • mini ouvre boite.

Et voici le matĂ©riel que j’emmĂšnerai sur mon Ă©quipement de portage (ceinturon + bretelles avec pochettes ou gilet de portage ; avec une nette prĂ©fĂ©rence pour le gilet de portage « tout devant », pour avoir ainsi un sac Ă  dos vide dans le dos pour rĂ©cupĂ©rer du matos) :

  • jumelles,
  • hachette,
  • pince multifonctions,
  • clĂ© multifonctionnelle armoires techniques,
  • fumigĂšnes (1),
  • f-bang (1) et fil de pĂȘche (5 mt),
  • gourde + pastilles purification eau,
  • trousse de secours minima,
  • lunettes couvrante,
  • masque FFP3,
  • bouchons anti bruits,
  • poncho,
  • briquet + bougie (1) de survie,
  • paracorde (une dizaine de mĂštres),
  • duct tape (4 Ă  5 mt enroulĂ© sur un petit tube plastique),
  • crayon / carnet.

Dans le dos, j’aurai une musette type « baba cool » : un sac Ă  dos civil discret, ou type Lafuma Scout Bergam (toile et cuir).

On voit que l’intĂ©rĂȘt de partir Ă  plusieurs, outre la sĂ©curitĂ© mutuelle qu’elle apporte, permet d’embarquer du matĂ©riel d’utilisation collective comme pied de biche, coupe boulon, corde Ă  nƓud, etc. et de pouvoir rapporter plus de butin.

Comment se déplacer en zone urbaine ? Exemple concret

La prioritĂ© est d’abord de prĂ©parer son dĂ©placement.

Pour cela, il faut se poser un certain nombre de questions et y répondre !

Le but ?

RĂ©cupĂ©rer certains types de nourriture qui me manque (j’ai encore 40 kg de pĂątes mais plus de conserves. Je manque aussi de dentifrice.)

Je dois donc prendre un sac vide.

OĂč ?

Je connais le dĂ©pĂŽt d’un Ă©picier (qui a quittĂ© la ville) qui se trouve dans telle zone (XX kms, au plus court, depuis mon appartement… soit X heures A/R). Peu de personnes sont au courant, il devrait ĂȘtre intact.

Je n’ai pas les clĂ©s pour l’ouvrir, donc je prends des outils d’effraction.
La lumiÚre est réguliÚrement coupée en ville, dont je prends ma lampe (et des piles de rechange).

Par oĂč ?

Comment y aller et comment revenir ?

Je dois donc prĂ©parer l’itinĂ©raire Aller et l’itinĂ©raire Retour (si diffĂ©rent de l’aller) ; et idĂ©alement le mĂ©moriser.

Quels sont les points particuliers à observer ? Je prends mon équipement de cartographie, mon plan et ma boussole.

Quels sont les franchissements éventuels (une voie rapide encaissée, un pont fortement endommagé, etc.) ? Je prends les moyens de franchissement adéquats (corde, etc.)

Quels sont les zones éventuelles à éviter (obstructions, gangs, danger chimique, etc.) ?

Je prends une radio FM pour capter d’éventuelles informations si cela fonctionne encore (renseignement en amont).

Quand ? Pour quelle durée ?

Vais-je me déplacer seulement quelques heures ?

Dans ce cas, plutĂŽt de jour ? De nuit ? Entre chien et loup ?

Vais-je me déplacer sur plusieurs jours ?

Dans ce cas, est-ce que je me dĂ©place de nuit et agis de jour ? L’inverse ?

Qui part ? Quels effectifs ?

Est-ce que je pars seul ou partons-nous Ă  plusieurs ?

Dans ce second cas, comment fait-on pour la répartition du matériel et quels moyens de communication allons-nous utiliser ?

Comment se déplace-t-on ?

Quel moyen de locomotion ? En voiture, à pied, en vélo, à cheval, etc.

Quelles rencontres ?

OĂč pourrait-il y avoir des rencontres ? Sur l’itinĂ©raire, aux abords du local, dans le local…

Quelle attitude auraient-ils Ă  notre Ă©gard ? Neutre, amicale, hostile…

Préparation du déroulement ?

Une fois toutes ces premiÚres questions répondues, il faut imaginer le déroulement du déplacement :

  • DĂ©part Ă  XXHXX.
  • ItinĂ©raire aller. DurĂ©e prĂ©visionnelle de XXHXX.
  • Au point d’arrivĂ©e : observer / Ă©couter les environs du local et le local proprement dit.
  • ReconnaĂźtre l’entrĂ©e du local pour dĂ©finir le mode d’effraction.
  • PĂ©nĂ©trer dans le local.
  • ReconnaĂźtre l’intĂ©rieur du local.
  • RĂ©cupĂ©rer les approvisionnements.
  • Sortir du local (le refermer et/ou le sĂ©curiser si l’on veut revenir),
  • ItinĂ©raire retour. DurĂ©e prĂ©visionnelle de XXHXX.
  • Retour prĂ©vu pour XXHXX.

Que faire dans le cas d’un imprĂ©vu ?

PrĂ©voir l’imprĂ©visible est essentiel.

Que faire en cas de séparation du groupe ? Si le local est déjà occupé ? Si, lors du déplacement, on découvre une autre opportunité ?

Retex réel : témoignage du siÚge de Sarajevo

En préambule, il ne faut pas oublier que le siÚge de Sarajevo, qui dura 4 ans, est un effondrement localisé.

Pour le contexte, je vous recommande cette vidéo :

Outre Sarajevo, nous avons une documentation assez importante de survie en pĂ©riode d’effondrement, en zone urbaine de pays dĂ©veloppĂ©s.

Il vous suffit de regarder les différentes vidéos de Philippe BUFFON (grand reporter) sur Youtube, la crise en Argentine, ou encore celle du Venezuela.

Le Venezuela bat dĂ©sormais tous les records mondiaux d’infortune : une inflation de 10 millions de %, la recrudescence de dizaines de maladies autrefois Ă©radiquĂ©es comme la malaria, un taux d’homicide exponentiel qui fait de Caracas la capitale la plus dangereuse du monde.

Les Vénézuéliens ont perdu en moyenne 10 kg en 5 ans.

L’eau et l’électricitĂ© sont devenues un luxe. En mars dernier, une panne massive plongeait le pays dans le noir durant une semaine, alors que le Venezuela Ă©tait un pays autrefois exportateur d’énergie.

Le plus cocasse : l’essence est devenue une denrĂ©e rare alors que le pays, membre fondateur de l’OPEP, Ă©tait il y a encore 3 ans le 8e exportateur mondial de pĂ©trole.

Extrait d’article du Ouest-France – 27/11/2019

Mais revenons-en Ă  Sarajevo, au sujet des dĂ©placements…

Durant cette pĂ©riode, il n’y avait pas de vĂ©hicule qui roulait.

En fait si, je me souviens d’un tank sur une ligne de front, et d’une Lada Niva avec les portes dĂ©coupĂ©es et une mitraillette installĂ©e sur le toit, et qui Ă©taient dĂ©placĂ©s au besoin quand il y avait des Ă©changes de feu (sinon ils restaient cachĂ©s derriĂšre des ruines).

Pour la population civile, il n’y avait pas de vĂ©hicules en dĂ©placement, les rues Ă©taient principalement encombrĂ©es de ruines, et impraticables, et le carburant Ă©tait trop cher.

Nous utilisions beaucoup de sorte de vĂ©los ou de chariots, mais principalement pour dĂ©placer des choses (du bois et d’autres trucs), et non pour nous dĂ©placer.

C’est difficile de se dĂ©placer en vĂ©lo, dans le noir complet, avec des routes pleines de dĂ©bris, des carcasses de voitures et plein d’autres choses.

Je lisais un post sur ce forum, oĂč quelqu’un suggĂ©rait le skateboard comme un moyen de transport efficace pour un SHTF urbain. Cela m’a fait beaucoup rire. Vous devez changer complĂštement votre Ă©tat d’esprit. Personne n’est Ă  dĂ©couvert, quelqu’un vous surveille probablement depuis une maison abandonnĂ©e, cachĂ©, affamĂ© surement, et vous voulez utiliser un skateboard ! C’est une plaisanterie !

Dans la ville, vous n’allez probablement jamais vous dĂ©placer sur les routes, vous vous dĂ©placerez Ă  travers les ruines, jamais Ă  dĂ©couvert, et surtout sans faire de bruit (comme avec un skateboard) et probablement souvent dans la nuit.

Je ne sais pas combien de vous peuvent imaginer Ă  quelque point une ville dĂ©truite peut ĂȘtre sombre, pas de lumiĂšre du tout. Je veux dire c’est vraiment trĂšs sombre, c’est dĂ©jĂ  dur de marcher, sans parler de courir, et encore moins sans parler de skateboard !

Si vous vous imaginez avec le meilleur matĂ©riel, le meilleur pistolet du marchĂ©, le meilleur uniforme, bottes, kevlar, lunettes de vision et tout le reste, et que vous vous attendez Ă  faire du skate durant le SHTF et d’autres choses, hmmm j’imagine surement une belle photo mais cela ne marchera pas.

Rambo sera le premier Ă  ĂȘtre tuer.

DĂ©solĂ© j’aime bien le film aussi, la premiĂšre partie est sympa. TĂŽt ou tard vous devrez vous cacher, explorer, avoir froid, ĂȘtre sale, ĂȘtre apeurĂ©, pauvre, puer, ĂȘtre dĂ©sespĂ©rĂ©.

J’ai vu le film « La route » aussi. Bon film, bon sentiment de dĂ©sespoir, mais marcher ouvertement sur la route, en poussant un caddie durant la journĂ©e, au lieu d’aller Ă  travers la forĂȘt ou les ruines ? VĂ©rifier le contenu de maison vide avec un enfant ?

Oubliez ça


Vous ne serez pas seul durant un SHTF, il y aura d’autres gens, plus nombreux, plus forts, plus mĂ©chants, prĂȘt Ă  faire n’importe quoi.

Vous n’allez pas chercher les ennuis, d’aucune sorte. Vous chercherez Ă  ĂȘtre le plus petit, le plus invisible, le moins intĂ©ressant possible, vous ne serez pas un hĂ©ros


Nous n’avions pas de chevaux dans la ville, mais je sais avec certitude que les chevaux et les mules (ou du mĂȘme genre) Ă©taient trĂšs utilisĂ©s dans les zones rurales Ă  cette Ă©poque.

Dans tous les cas, pour sortir, vous deviez préparer certaines choses.

Un fusil, un pistolet, des munitions, un sac Ă  dos, des vĂȘtements sombres. Des bottes ou des chaussures montantes qui vous permettent aussi de courir et de marcher sur des choses cassĂ©es et dans les ruines.

Dans le sac Ă  dos, j’avais souvent plus de munitions, de la nourriture pour une journĂ©e, une bougie ou une lampe, de l’eau pour la journĂ©e, des fois un outil.

Il s’agissait d’avoir les choses qui vous permettent de rester cacher pour une journĂ©e, Ă  l’extĂ©rieur de votre maison. Mais en mĂȘme temps, vous deviez rester trĂšs lĂ©ger et mobile, et ne pas attirer l’attention. Donc un sac Ă  dos remplis de pleins de choses durant ces voyages (mais si c’Ă©tait des bonnes choses) n’Ă©tait pas une bonne idĂ©e.

Nous ne partions jamais seul, toujours Ă  2-3 hommes.

Une petite hache aussi est une bonne chose à avoir, pour se battre et comme outil. Des gars utilisaient aussi une petite pelle militaire (qui se pliait), avec un tranchant aiguisé, encore une fois comme arme ou comme un outil.

Chaque sortie était un mélange de reconnaissance et de course


Sur d’autres rumeurs, il y a l’histoire de quelques personnes qui auraient rĂ©ussi Ă  s’enfuir Ă  travers le systĂšme d’Ă©gouts.

Je ne sais pas si c’est vrai, c’Ă©tait un systĂšme vieux de 100 ans, combinĂ© Ă  de nouvelles sections, cela ressemblait Ă  un vrai labyrinthe pour nous. Peut-ĂȘtre que c’est une bonne idĂ©e d’avoir une carte (blueprint) de ce rĂ©seau


Selco : témoignage du siÚge de Sarajevo

Toujours ce tĂ©moignage passionnant, cette fois sur l’hygiĂšne, la santĂ© et les blessures :

Quand je me rappelle de cette Ă©poque, la premiĂšre chose qui me vient Ă  l’esprit, ce n’est pas les armes ou les problĂšmes de sĂ©curitĂ©, je me rappelle toujours du froid et des odeurs.

En gĂ©nĂ©ral, notre santĂ© Ă©tait faible, principalement Ă  cause du froid durant l’hiver, de la mauvaise nourriture, et bien sĂ»r Ă  cause de la qualitĂ© de l’eau.

Chaque membre de notre famille a souffert de diarrhée sur une période plus ou moins longue.

AprĂšs un certain temps, je crois que plus de gens sont morts de maladies dues Ă  un manque d’hygiĂšne, plutĂŽt qu’aux gangs.

Tout ce qui avait un rapport avec l’hygiĂšne avait beaucoup de valeur, mĂȘme le papier toilette.

L’hygiĂšne est primordiale
 et avoir le plus de mĂ©dicaments possible, surtout les antibiotiques.

Je faisais quelque chose comme 65 kg Ă  l’Ă©poque, aujourd’hui je fais 95 kg pour 185 cm.

J’ai perdu 15 dents, durant cette Ă©poque et juste aprĂšs. J’ai eu des problĂšmes de peau pendant 3 ans aprĂšs çà. Sans parler des problĂšmes psychologiques.

Je vais bien maintenant.

Des choses trĂšs bĂȘtes tuaient les gens.

Une simple diarrhĂ©e est capable de te tuer en quelques jours sans les mĂ©dicaments et l’hydratation nĂ©cessaire
surtout les enfants.

On a eu beaucoup de maladies de la peau, et des empoisonnements alimentaires
on ne pouvait pas faire grand-chose.

On faisait beaucoup avec les plantes locales et l’alcool, et pour le court terme ça allait, mais sur le long terme c’Ă©tait horrible.

Nous traitions les maladies principalement avec des herbes locales, et pour les blessures, on mettait du rakia (=alcool) dessus, et on essayait de trouver des antibiotiques quelque part.

En parlant des herbes, beaucoup de gens utilisaient de l’ail et de la lavande comme substitut aux antibiotiques, le pin Ă©tait aussi populaire comme antiseptique et bien sur la camomille.

Je connaissais un gars, quelques rues plus loin, qui s’occupait d’arracher les dents, avec des pinces (Ă©lectriques), puis il lavait la bouche avec du rakia (alcool), et appliquait une mixture d’herbe locale.

Bien sĂ»r aprĂšs ce traitement, vous aviez besoin tout de suite d’antibiotiques.

Cela coutait quelques cigarettes pour payer ce dentiste qui à la base était vétérinaire de profession.

Quand le SHTF arrive, vous risquez de penser au papier toilette de maniÚre démesurée.

Si vous manquez de place et que vous moyens financiers sont limitĂ©s, vous allez aprĂšs vous en vouloir de ne pas avoir utilisĂ© cet espace et l’argent pour stocker des munitions ou des briquets par exemple.

Vous pouvez remplacer le papier toilette avec des alternatives
 je sais, cela sera moins hygiĂ©nique, cela sera sale, je ne le referai plus, mais croyez-moi, vous pouvez le remplacer par d’autres choses alors que vous ne pouvez pas remplacer des balles ou des boites de conserves.

On utilisait une pelle et n’importe qu’elle bout de terre Ă  proximitĂ© de la maison
 ça a l’air sale, mais c’Ă©tait sale.

On n’avait pas de papier hygiĂ©nique
et mĂȘme si j’en avais je le troquais.

Donc mon opinion, Ă  moins que vous ayez du stockage sans fin et beaucoup d’argent : vous devez choisir vos prioritĂ©s.

Le papier toilette est bien, mais d’abord les choses plus importantes.

Mais si vous avez beaucoup de place, trĂšs bien, vous pouvez stocker beaucoup de chose en incluant aussi du papier toilette.

On se lavait avec l’eau de pluie rĂ©cupĂ©rĂ©e, ou alors Ă  la riviĂšre, mais la plupart du temps c’Ă©tait trop dangereux.

Les blessures étaient principalement des blessures par balles.

Sans les spĂ©cialistes et tout le reste, si la victime avait la chance de trouver un docteur quelque part, il avait 30% de chance de s’en sortir.

Ce n’était pas comme dans les films, les gens mourraient
 beaucoup sont morts de petites blessures infectĂ©es.

J’avais des antibiotiques pour 3 ou 4 traitements, bien sĂ»r, seulement pour ma famille.

Tout ce qui concerne la médecine est trÚs important.

En premier je suggĂšre d’apprendre le plus possible, je veux dire il est facile de tuer quelqu’un avec un mauvais traitement.

Ne vous renseignez pas juste sur internet et achetez du matĂ©riel. Vous devez d’abord savoir comment vous en servir.

Cela sera peut-ĂȘtre la deuxiĂšme compĂ©tence la plus importante en SHTF.

Témoignage du siÚge de Sarajevo

Comme toujours, on en revient aux compétences et à la formation.

Se former, se former, se former.

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