Trek de 5 jours en Laponie : carnet et RETEX dans Urho Kekkonen

de Sven

Je suis rentré de nos cinq jours de trek en Laponie finlandaise (à la frontière Russe). Et franchement, je crois que c’est la meilleure randonnée que j’aie faite jusqu’ici.

Les paysages étaient magnifiques. Le groupe a très bien fonctionné. Physiquement, j’avais largement de quoi suivre. Même le jeudi sous la flotte, à traverser des rivières en caleçon, on a trouvé le moyen de bien se marrer.

Avant de partir, j’avais détaillé toute la préparation de ce trek : le sac, les repas, le couchage, les entraînements et les quelques trucs qui m’inquiétaient. Je m’étais rarement autant préparé pour cinq jours de marche. Il était donc assez intéressant d’aller voir ce que tout ça donnerait une fois sur place.

Je vous raconte ?

On va commencer par le voyage. Parce que notre première emmerde est arrivée bien avant la première rivière.

Notre trek jour après jour

Les distances et dénivelés indiqués ci-dessous correspondent aux tracés cartographiés. Les horaires sont ceux de notre carnet, parfois approximatifs.

Dimanche 13 septembre : Le voyage commence par une valise perdue

On savait que le voyage jusqu’au départ du trek allait déjà être une petite expédition en soi. On ne savait simplement pas que les emmerdes commenceraient avant même d’avoir quitté la France.

Notre vol au départ de Nantes prend environ une demi-heure de retard. Problème : nous n’avons qu’une heure de correspondance à Paris-CDG.

À Paris, on court donc comme des dératés pour attraper le vol pour Helsinki. Ça passe. De peu, mais ça passe.

Nos sacs à dos, eux, restent avec nous en cabine. À Paris, on essaie bien de nous convaincre de les envoyer également en soute. Nous acceptons poliment les étiquettes… puis les faisons disparaître suffisamment discrètement pour embarquer avec nos sacs.

Un choix qui va rapidement s’avérer judicieux.

Parce qu’à Helsinki, la grosse valise, elle, n’arrive jamais.

Et cette valise contient précisément les éléments les plus difficiles à remplacer : nos tentes, les couteaux et quelques accessoires.

Bienvenue en Finlande.

Après la déclaration de bagage manquant commence donc une course contre la montre. Les magasins ferment vers 18 heures et, aux alentours de 17h45, notre pote déjà présent à Helsinki reçoit grosso modo ce message :

« Bon. Il nous faut une tente. Maintenant. »

Miraculeusement, ça fonctionne.

On récupère une Robens Aster 3 Pro, vendue pour trois places. Enfin, officiellement trois places. Dans la pratique, on découvrira rapidement qu’il s’agit plutôt de trois places pour nourrissons particulièrement proches émotionnellement.

Mais nous avons de nouveau un abri.

On se retrouve enfin tous les trois, on avale un Subway (leur choix, pas le miens), puis direction la gare centrale pour le Santa Claus Express.

Cabines couchettes, train de nuit vers Rovaniemi.

Vers 21h ou 21h30, tout le monde est déjà au lit.

La nuit sera ponctuée de voisins arrivant tard, de ronflements et d’une première découverte importante : même dans un train finlandais parfaitement civilisé, l’être humain reste capable de produire des sons absolument terrifiants pendant son sommeil.

Lundi 14 septembre : Kiilopää → Suomunruoktu

13,5 km | 138 m de montée et 186 m de descente

Réveil très matinal dans le train.

Je profite des douches présentes à bord avant notre arrivée à Rovaniemi à 7h20.

La nuit n’aura pas été exceptionnelle, mais suffisamment correcte pour commencer l’aventure dans un état à peu près humain.

Première mission : manger.

On attaque donc un gros buffet de petit-déjeuner, dans le restaurant de la gare, avant de partir marcher quelques heures dans Rovaniemi. La ville elle-même ne nous marque pas particulièrement, mais les quais et les berges de la rivière sont agréables.

Il reste aussi une mission liée à notre valise disparue : remplacer les couteaux.

On repart donc avec de nouveaux puukko de chez Marttiini, dont le mien gravé NoPanic, puis quelques provisions pour midi. Finalement, cette valise perdue aura au moins fait un heureux.

Le bus pour Kiilopää prend ensuite plusieurs heures. Quelques vélos chargés dans la soute ralentissent encore un peu l’affaire et nous arrivons avec du retard.

Au lieu de commencer à marcher vers 15h10, il est presque 16 heures lorsque nous mettons enfin les sacs sur le dos.

Cette première étape est courte : environ 13,5 km jusqu’à Suomunruoktu.

Très rapidement, nous sommes rattrapés par un Finlandais avec lequel nous sympathisons et qui va finir par devenir un personnage récurrent de l’expédition : Saku (c’est son nom).

On marche quasiment toute l’étape ensemble. Notre ami finlandais est extrêmement souriant, sociable et jovial. Une crème absolue. Nous aurons un énorme plaisir à le retrouver tout au long du séjour.

Premiers paysages.

Premiers rennes.

Premiers petits passages à gué.

Et cette sensation très agréable de commencer enfin réellement le voyage après presque une journée et demie de transports.

Nous atteignons Suomunruoktu en début de soirée.

Et première surprise : il y a du monde. Beaucoup de monde.

Une trentaine de personnes autour du site, dont notamment un groupe scolaire.

Entre les gens autour du refuge, les tentes et les sacs suspendus dehors, nous en déduisons que toutes les places doivent être prises. On ne cherche même pas beaucoup plus loin : la tente sera notre maison pour cette première nuit.

Nous apprendrons ensuite que ce raisonnement était faux : plusieurs personnes dormaient dehors par choix et utilisaient simplement le refuge pour cuisiner ou se réchauffer. Première leçon culturelle.

Le camp est superbe. Rivière, feu de camp, toilettes, installations simples mais parfaitement pensées.

Premier lyophilisé devant le feu.

Première soirée réellement dehors.

Et première confirmation que notre tente « trois places » est surtout conçue pour permettre à trois adultes d’étudier très précisément l’anatomie de leurs voisins.

Dans la nuit, nous passons sous zéro : l’eau laissée dehors gèle et le sol se couvre de givre.

Et vers 2h15, un des copains sort uriner.

Il lève les yeux.

Aurores boréales.

Vertes, visibles à l’œil nu, dans tout le ciel.

Sa réaction ?

Retourner dormir sans réveiller personne.

Cette décision fera évidemment l’objet d’un procès populaire dès le lendemain matin.

Mardi 15 septembre : Suomunruoktu → Luirojärvi

20,7 km | 298 m de montée et 298 m de descente

Le réveil est froid.

La tente est humide et partiellement givrée.

Mais malgré la promiscuité et les contacts réguliers avec la toile glacée pendant la nuit, on a plutôt bien dormi.

Le démontage du camp prend en revanche beaucoup plus longtemps que prévu.

Il faut ranger, manger, attendre que le soleil aide un peu à sécher la tente…

Nous finissons par partir vers 10h30.

Notre ami finlandais, beaucoup plus efficace, est déjà loin devant. Il nous explique simplement que, comme il marche lentement et fait beaucoup de pauses, nous finirons probablement par le rattraper.

C’était sans compter sur notre sens exceptionnel de l’orientation.

Quelques dizaines de minutes après le départ, occupés à discuter, nous passons à côté du bon chemin et prenons celui qui grimpe sur les hauteurs.

Le plus beau : nous avons une photo prise à cet endroit. Le deuxième chemin y est parfaitement visible. Pas dans nos cerveaux, visiblement.

Le tracé normal suit tranquillement la vallée.

Nous, nous choisissons donc involontairement l’option montagne.

Plus longue.

Plus haute.

Mais magnifique.

Il y a même un banc panoramique en plein milieu, ce qui nous permet de transformer immédiatement l’erreur d’orientation en choix touristique parfaitement volontaire.

Nous arrivons à Tuiskukuru vers 14 heures.

Avant cela, un passage à gué devient l’occasion d’une première vraie toilette : en caleçon dans la rivière, histoire de retirer quelques couches accumulées depuis le départ.

La température extérieure est étonnamment agréable et, après la montée, l’eau froide fait presque du bien.

Pause déjeuner.

Puis il reste environ huit kilomètres.

Cette seconde partie déroule beaucoup plus facilement.

En fin d’étape, nouveau gué, cette fois suffisamment profond pour imposer réellement les aquashoes.

Et enfin Luirojärvi.

Le refuge public a de la place.

Nous récupérons des couchettes en hauteur, sous le toit. L’espace vertical est tellement réduit qu’il est impossible de s’asseoir, mais après la tente de la veille, ça ressemble déjà à un appartement haussmannien.

Et surtout, le site est sublime.

Le refuge donne directement sur le lac.

Il y a du gaz, des casseroles, de quoi récupérer de l’eau, des toilettes…

Et un sauna.

Notre ami finlandais finit d’ailleurs par arriver après nous, malgré notre détour montagneux.

Le soir, l’ambiance du refuge est assez incroyable.

Ça discute fort jusqu’à 21 heures.

À 21h00, quasiment à la seconde près, silence absolu.

Deux minutes plus tard, quelqu’un ronfle comme un moteur diesel.

Puis vers 22h15, une occupante du refuge semble faire une terreur nocturne particulièrement expressive.

La nuit en refuge finlandais possède donc elle aussi ses subtilités.

Mercredi 16 septembre : Objectif Sokosti

Environ 11,4 km aller-retour | environ 407 m de montée et 407 m de descente

Le lendemain, on récupère des couchettes plus basses, qui se sont libérées.

Un luxe incroyable : pouvoir s’asseoir.

Comme nous revenons dormir au même endroit, nous pouvons également vider nos sacs de tout le matériel inutile pour la journée.

Tente, couchage et une bonne partie du matériel restent au refuge.

Départ vers 9h40.

Notre ami finlandais nous accompagne au début de l’étape.

Nous réussissons évidemment à prendre encore légèrement le mauvais chemin, ce qui nécessite un petit bout de hors-piste pour rejoindre la bonne trace et surtout un passage permettant de franchir la rivière.

Puis direction Sokosti.

Au début, la pente est douce.

Et surtout, on ne voit absolument pas le sommet.

Puis il apparaît.

Et la fin devient nettement plus intéressante.

Le Sokosti culmine à 718 mètres. Le départ se situe autour de 290 mètres. Une grande partie du dénivelé est concentrée dans les derniers kilomètres.

Le chemin devient progressivement théorique.

Il existe sur la carte.

Sur le terrain, il faut surtout regarder les blocs et choisir soi-même la meilleure manière de grimper.

Le vent monte en même temps que nous.

Sur la partie finale, le paysage disparaît presque complètement sous la roche.

Plus d’arbres.

Pratiquement plus de végétation.

Seulement les blocs, le vent et la vue qui s’ouvre progressivement derrière nous.

La montée fait travailler le cardio mais passe très bien.

Puis le sommet.

Et là, la vue est réellement exceptionnelle.

Des kilomètres et des kilomètres de nature lapone dans toutes les directions, avec Luirojärvi très loin en contrebas.

D’un côté, quelques installations télécom et engins viennent légèrement casser l’illusion de wilderness absolue.

Il suffit de regarder de l’autre.

On reste une quinzaine de minutes là-haut.

Pas beaucoup plus : le vent rappelle rapidement que l’endroit n’est pas conçu pour pique-niquer en chemisette.

Le retour se fait par un itinéraire légèrement différent, à travers des paysages magnifiques de petits étangs et de végétation rouge et jaune.

Vers 14 heures, nous sommes déjà de retour au bord du lac.

Et l’après-midi va devenir l’un des grands moments du séjour.

Le sauna finlandais

Nous réservons le sauna.

Il fonctionne au bois et doit être chauffé manuellement.

Nous lançons le feu, chauffons les pierres et attendons que la température monte.

Une fois notre créneau arrivé, deux Finlandais nous rejoignent et nous expliquent plus ou moins le protocole local.

Eux sont évidemment nus.

Nous conservons encore quelques traces de civilisation française (ou simple pudibonderie mal placée) sous forme de caleçons.

L’eau du lac est récupérée dans des seaux puis jetée sur les pierres.

La température grimpe.

Très vite.

Ambiance cuisson.

On sort alors du sauna.

On marche une cinquantaine de mètres.

Et on plonge dans Luirojärvi.

Eau glaciale.

Puis retour au sauna.

Puis lac.

Puis sauna.

Plusieurs fois.

L’alternance est brutale et absolument incroyable.

En sortant de là, nous sommes complètement rincés.

Le soir, petit porto, repas, et coucher encore une fois très tôt.

Le Sokosti est fait.

Et cette troisième journée restera probablement l’une des plus mémorables du trek.

Jeudi 17 septembre : Luirojärvi → Lankojärvi

18,8 km | 134 m de montée et 234 m de descente

Départ vers 9h30.

Et environ cinq cents mètres plus tard : passage à gué.

Celui-là, nous le connaissons déjà puisque nous l’avons traversé deux jours auparavant.

Le sol est trempé.

Une petite bruine accompagne le départ.

Nous hésitons entre deux itinéraires vers Lankojärvi : longer davantage les zones basses et humides ou reprendre par les reliefs.

Vu l’état du terrain, nous choisissons les hauteurs.

Bonne montée dès le début.

Puis descentes, forêts, rochers, rivières.

Les paysages continuent à changer presque toutes les demi-heures.

Et vers midi, la petite pluie devient une vraie pluie.

Puis une pluie franchement sérieuse.

Nous nous arrêtons manger sur un site équipé pour le bivouac, avec foyer mais sans véritable refuge.

Ponchos sur le dos.

Déjeuner sous la flotte.

Et l’après-midi devient progressivement une journée entièrement consacrée à l’eau.

À un moment, la carte nous fait arriver sur un superbe passage encaissé avec une cascade entre deux petites falaises.

Très beau.

Petit problème : le chemin est censé traverser ici.

Et sur place, nous ne trouvons plus le pont attendu.

Retour en arrière.

Recherche d’un passage.

Un énorme tronc traverse la rivière et donne quelques idées extrêmement intelligentes à certains membres du groupe.

La tentative de franchissement façon numéro de cirque est finalement abandonnée.

Aquashoes.

Nouvelle traversée.

Puis chaussures.

Puis pluie.

Puis encore de l’eau dans les chemins.

À force, les sentiers ressemblent eux-mêmes à des ruisseaux.

Et il reste encore le gué dont on nous parle depuis le matin.

Le gros.

On nous a prévenus : celui-là monte aux cuisses.

Effectivement.

Cette fois, pantalon retiré.

Traversée en caleçon.

Courant assez marqué et eau très froide.

Et au milieu de la manœuvre, pour un de mes collègues, un pantalon tombe dans la rivière.

Pendant une seconde, on le regarde commencer à partir avec le courant.

Réflexe suffisamment rapide : pantalon récupéré.

Victoire.

À peine arrivés sur l’autre rive, nerveusement fatigué par son pantalon détrempé, un membre du groupe décide qu’il peut bien terminer le dernier kilomètre en aquashoes et en caleçon pendant que les autres se rhabillent.

Il demande vaguement quel chemin prendre.

Puis part.

Quelques minutes plus tard, nous sortons la carte.

Ce n’est pas le bon chemin.

Et notre explorateur est parti sans carte papier, sans carte hors ligne sur le téléphone et pratiquement sans pantalon.

Heureusement, la géographie locale (et le nervous breakdown terminé) limite suffisamment ses possibilités pour qu’il réapparaisse.

La sélection naturelle devra attendre.

Nous finissons par atteindre Lankojärvi détrempés.

Et là, bonne surprise : le refuge est presque vide.

Les occupants présents prévoient de dormir dehors.

On peut donc s’installer, lancer le poêle et surtout faire sécher les vêtements.

Progressivement, d’autres arrivent.

Notre ami finlandais.

Puis deux Polonais.

Le refuge se remplit un peu, mais rien à voir avec Luirojärvi.

Le poêle chauffe tellement bien qu’au bout d’un moment l’intérieur devient presque insupportable.

On ouvre les portes.

Évidemment, quelques moustiques profitent de l’occasion.

L’un d’eux réussira à laisser sous un œil une marque suffisamment spectaculaire pour donner l’impression qu’une bagarre a eu lieu pendant la nuit.

Un des copains profite également du lac pour aller se laver.

Pour ma part, une toilette de chat suffira très bien.

Vers 20h50, nous sommes déjà couchés.

Après la pluie, les gués et presque vingt kilomètres, personne ne demande vraiment une prolongation de soirée.

Vendredi 18 septembre : Lankojärvi → Kiilopää

18,5 km | 344 m de montée et 203 m de descente

Dernier matin.

Réveil vers 8 heures.

Le matériel a séché.

Les Polonais dorment encore.

Petit-déjeuner, rangement, café.

Et notre ami finlandais nous annonce qu’il va faire une partie de la journée avec nous.

Départ.

Quelques gouttes de pluie au début, puis le ciel se calme.

Encore une fois, le paysage change.

Nous longeons longtemps une rivière, traversons des secteurs plus sableux et découvrons encore des ambiances différentes des quatre jours précédents.

Mais progressivement, quelque chose change.

La civilisation revient.

Davantage de traces.

Davantage de randonneurs à la journée.

Des vélos électriques.

Puis Rautulampi, avec son refuge beaucoup plus récent et moderne.

Le lendemain doit se tenir un trail et des drapeaux ont déjà été installés sur les chemins.

Après plusieurs jours à suivre des traces parfois presque invisibles, c’est un changement d’ambiance radical.

On croise également les grandes clôtures utilisées dans la gestion des troupeaux de rennes.

Avec leurs portails et leurs longues lignes perdues dans le paysage, elles donnent par endroits une petite ambiance Jurassic Park assez amusante.

Et surtout, notre ami finlandais nous montre un bois de renne.

Il finira accroché à mon sac.

Très bonne nouvelle : on le trouve le dernier jour.

Parce qu’accroché au sac, le machin pèse un peu, balance dans tous les sens et s’accroche à la végétation.

Le transporter depuis lundi aurait probablement rendu l’expérience légèrement moins romantique.

Après le déjeuner, nous quittons finalement notre ami finlandais.

Il prend son temps, cuisine, prépare son café.

Nous voulons rejoindre l’hôtel suffisamment tôt pour profiter réellement de l’arrivée.

Alors on accélère.

La dernière partie comporte encore une belle remontée, avec un total d’environ 344 mètres de D+ sur la journée.

Dans les derniers mètres, l’idée brillante apparaît : terminer en courant.

Quelques centaines de mètres avec les sacs.

Y compris certaines portions en montée.

Parce qu’après cinq jours, visiblement, il nous restait encore suffisamment d’énergie pour faire les idiots.

Nous arrivons à Kiilopää vers 15h10.

Le check-in commence à 15 heures.

Timing parfait.

Retour à la civilisation

Douche.

Vêtements (presque) propres.

Téléphone.

Réseau.

Puis sauna.

Cette fois, sauna électrique, avec une petite rivière aménagée juste à côté.

Même principe que Luirojärvi :

Chaud.

Eau froide.

Chaud.

Eau froide.

Les Finlandais présents sont toujours aussi nus et toujours aussi parfaitement détendus par rapport au concept.

Nous sommes, nous, encore légèrement plus pudiques.

Puis vient enfin le vrai repas.

Soupe de saumon.

Sauté de renne.

Purée.

Sauce aux airelles.

Cidre.

Burger végétal pour ceux qui ont choisi un autre camp gastronomique.

Après plusieurs jours de crackers, jerky, fromage et nourriture lyophilisée, le retour à une assiette possède quelque chose de profondément émouvant.

Le trek est terminé.

Environ 83 kilomètres sur les tracés cartographiques, plus les erreurs, détours, déplacements autour des refuges et quelques kilomètres annexes avant le départ.

Dans les jambes, on retiendra donc plutôt autour de 90 km d’expédition.

Mais surtout cinq jours de paysages complètement différents, de froid, de soleil, de pluie, de rivières, de refuges, de sauna, de rencontres, de détours involontaires et d’un nombre étonnant de situations dans lesquelles enlever son pantalon s’est révélé être la décision techniquement la plus rationnelle.

Et beaucoup, beaucoup de choses à raconter.

Difficulté, préparation physique et dynamique du groupe

Sur la carte, notre parcours n’a rien d’un monstre alpin. Les cinq étapes représentent environ 83-90 km, 1 321 m de dénivelé positif et 1 328 m de dénivelé négatif. Ce sont les chiffres des itinéraires cartographiés, pas l’enregistrement exact de tous nos déplacements. Les détours, les allers-retours autour des refuges et les déplacements annexes expliquent que nous parlions plutôt d’environ 90 km (et un peu plus) pour l’expédition.

Le relief reste modéré, avec deux efforts plus marqués : le Sokosti et la remontée finale vers Kiilopää. Pour autant, quelques chiffres ne racontent pas ce qu’on a sous les chaussures. Des pierres, des racines, des chemins qui disparaissent, de l’eau, puis encore de l’eau. Et lorsque l’on repart de Luirojärvi, il reste de l’ordre de quarante kilomètres de nature avant de retrouver Kiilopää. Ce n’est pas une boucle où l’on décide soudain de rentrer en métro.

La difficulté, pour moi, tient surtout à cet ensemble : marcher plusieurs jours avec son sac, s’orienter, gérer l’humidité et rester assez autonome pour les imprévus. Sur notre séjour, avec notre préparation et les refuges accessibles, j’ai trouvé cela plus facile que prévu. Ce constat raconte notre expérience ; il ne transforme pas le parc en promenade aménagée.

Avant le départ, mes inquiétudes concernaient surtout le groupe. Est-ce que tout le monde suivrait ? Est-ce que le moral tiendrait sous la pluie ? Et puis les classiques : une ampoule, une douleur, une cheville qui tourne. Une petite chose qui devient très présente lorsqu’il reste vingt kilomètres à faire.

Au final, aucune blessure n’a perturbé le trek. Un des copains a parfois eu un peu plus de mal à suivre le rythme de la marche, mais il a tenu et son moral a été excellent. L’épisode du pantalon dans la rivière a provoqué un petit passage à vide. Franchement, debout sous la pluie en regardant son futal partir sans soi, on peut comprendre. C’est revenu très vite. Pour le reste : des rires, de l’entraide, aucune tension et une très bonne allure commune.

J’avais davantage d’expérience et j’ai pris certaines décisions, mais je n’ai pas eu l’impression de devoir porter le groupe sur mon dos en plus de mon sac. Les gars étaient solides et efficaces. Je repartirais avec la même équipe.

De mon côté, les randonnées hebdomadaires de préparation ont clairement été utiles. La randonnée test de deux jours et demi avait déjà permis de voir ce qu’il fallait travailler avant la Laponie. Cette fois, le poids du sac ne m’a jamais vraiment gêné. Pas de jambes lourdes, pas de douleur qui s’installe, pas d’ampoule. Les montées faisaient travailler le cardio, mais aucune journée ne m’a paru vraiment dure. Et il restait suffisamment de jus le dernier jour pour terminer en courant avec le sac. Pas très malin, mais assez rassurant sur l’état des réserves.

Nous partions tranquillement le matin, puis nous pouvions accélérer. Nous avons aussi pris le repos au sérieux, avec souvent neuf à onze heures consacrées à la nuit. Tout n’était pas du sommeil parfait, mais même réveillé dans son duvet, on récupère davantage qu’en prolongeant la soirée pour le principe.

Impossible de répartir proprement les mérites entre l’entraînement, l’allègement de l’entraînement avant le départ, la nourriture, le sommeil et le rythme adopté. Je n’ai pas emporté un laboratoire avec groupe témoin. L’ensemble a fonctionné ; je referais l’ensemble.

Je ne ressors donc pas de ce trek en me disant que je m’étais trop préparé. Je m’étais préparé pour avoir de la marge. J’en ai eu. C’était précisément l’idée.

Avec l’ami Finlandais. La fine équipe !

Refuges, météo, froid et humidité

La grande surprise du séjour, ce sont les tupa, les refuges finlandais. Je savais qu’ils existaient. Je n’avais pas complètement compris à quel point ils allaient changer notre expérience.

La journée, on marche dans le sauvage, on cherche une trace, on traverse des rivières et on s’amuse comme des gamins à jouer à l’aventure. Puis on arrive dans un lieu où l’on peut se mettre au sec, chauffer, cuisiner et étendre ses affaires. À Luirojärvi, nous avons même profité d’un espace de séchage. Après des heures sous la pluie, c’est un niveau de luxe qui remet en perspective beaucoup de prestations hôtelières.

Notre première erreur a été culturelle. À Suomunruoktu, nous avons vu du monde, des tentes et des sacs suspendus dehors. Nous en avons déduit que le refuge était plein. Nous avons appris ensuite qu’il restait apparemment beaucoup de place : plusieurs personnes utilisaient le refuge pour manger, cuisiner ou se réchauffer, mais préféraient dormir dans leur tente.

Un sac accroché dehors n’est donc pas une réservation de couchette. Et un Finlandais sous une tente n’est pas nécessairement quelqu’un qui a été expulsé du refuge faute de place. Il peut simplement avoir choisi sa chambre individuelle.

Nous avons aussi découvert une confiance assez reposante : des sacs laissés sur les crochets, du matériel partagé et beaucoup de respect dans les lieux où nous sommes passés. Nos réflexes de Français méfiants ont mis un petit moment à se détendre.

La vie collective a malgré tout ses contreparties. Dans les refuges fréquentés pendant notre séjour, le calme s’installait autour de 21 heures ; vers 7 heures, les premiers levés commençaient leur journée. Entre les deux, le règlement implicite ne pouvait pas faire grand-chose contre les ronflements. Les bouchons d’oreille et le masque ont fait une différence énorme.

Nous avons trouvé des places lorsque nous en avons cherché, mais je ne baserais pas tout mon abri sur cette chance. Je repartirais avec une tente, pour conserver une solution si le refuge est plein ou si l’étape se passe autrement que prévu. Les tupa ont rendu nos soirées très confortables ; notre autonomie ne devait pas dépendre uniquement d’une couchette disponible.

Le froid m’inquiétait davantage que l’humidité. Finalement, nous avons bien connu du gel, particulièrement la première nuit, mais avec le bon couchage et les vêtements adaptés, je n’ai pas vraiment souffert du froid. En marchant, j’ai même souvent été en tee-shirt. En revanche, une pause dans le vent après avoir transpiré rappelle rapidement qu’on est bien en Laponie.

L’humidité a demandé beaucoup plus de gestion. Le jeudi, elle venait du ciel, du sol, des gués et de nous-mêmes. À un moment, il devient difficile de déterminer qui est responsable de quelle partie du pantalon. L’important était de pouvoir sécher ensuite, prendre soin des pieds et retrouver des affaires utilisables le lendemain.

Nous avons traversé beaucoup de petits cours d’eau, dont quatre ou cinq gués nécessitant réellement de retirer les chaussures. Généralement sous le genou ; pour le plus profond, jusqu’en haut des cuisses. Nous avons été attentifs au courant et choisi nos passages. L’eau était autour de 6 à 8 degrés. Saisissant et… rafraîchissant !

Le sauna au bois et les bains dans Luirojärvi restent aussi un grand souvenir. Sur place, cela ne ressemblait pas à une animation fabriquée pour touristes : nous partagions simplement un moment avec des Finlandais qui connaissaient très bien l’exercice. Chauffer, aller dans l’eau froide, revenir. Une expérience rustique, simple, et absolument géniale.

Matériel : ce qui a marché, ce que je changerais

J’ai repassé le contenu du sac dans ma tête en rentrant. Qu’est-ce qui n’avait servi à rien ? Qu’est-ce que j’avais trimballé pendant cinq jours pour le plaisir ?

Eh bien, pas grand-chose. Je n’enlèverais pratiquement rien. J’avais passé suffisamment de temps à réfléchir à chaque objet avant le départ et, pour une fois, le terrain n’a pas complètement démonté le résultat de mon tableur.

Le Simond MT900 a été un excellent choix. Je craignais d’avoir froid. Au final, les seuls endroits où je sentais vraiment le froid étaient ceux où mon épaule ou mon cul venaient toucher la toile de tente. À trois là-dedans, il fallait bien que quelqu’un touche quelque chose. Pour le reste, le duvet a très bien fait son boulot, y compris sous zéro. Je suis vraiment content d’avoir changé de couchage avant de partir.

Le NeoAir XLite a lui aussi rempli son rôle. Une fermeture de valve un peu capricieuse m’a fait craindre une crevaison, mais le matelas n’était pas percé. L’oreiller reste mon petit luxe bourgeois, que je reprendrais sans hésiter. Et pour dormir en refuge, masque et bouchons d’oreille sont remontés très haut dans mon classement des objets utiles. C’est moins spectaculaire qu’un couteau, mais cela travaille pendant huit heures.

La Robens Aster 3 Pro achetée en urgence a sauvé le départ, mais environ 160 cm de largeur pour trois adultes, c’est serré. Nos matelas tenaient difficilement et la place se réduisait encore en hauteur. Les sacs sont restés dehors et ont pris le givre. Le montage et le démontage étaient simples ; le vrai problème était l’espace. Notre organisation initiale, avec une tente pour moi et une autre pour les deux copains, aurait été nettement plus confortable. L’achat de dépannage reste une réussite logistique, pas une révélation immobilière.

Pour les vêtements, l’anorak Fjällräven n° 8 a été l’un des meilleurs choix. Protection contre le vent, chaleur, capuche, ouvertures latérales pour ventiler : je l’ai rarement utilisé dans des conditions où toutes ces qualités prenaient autant de sens. Les sous-vêtements en mérinos ont également été très appréciés. L’un d’eux est d’ailleurs resté en Finlande, probablement oublié dans le séchoir de Luirojärvi. Un don involontaire à la cause locale. Avant de quitter un refuge, je ferai donc un tour de plus dans la pièce où sèchent les affaires.

Le duo poncho et guêtres a globalement rempli sa mission, avec une faiblesse bien réelle au niveau de l’espace sous le genou et sur les côtés. Sous la pluie prolongée, l’eau finit par trouver son chemin. Les guêtres protègent bien de la boue, mais favorisent aussi la transpiration. Le copain équipé d’un ensemble de pluie plus classique était lui aussi humide. Je repartirais probablement sur le même principe, en sachant exactement ce qu’il peut et ne peut pas faire.

Les Lowa Renegade sont de vrais 4 × 4. Ce ne sont pas les chaussures les plus douces du monde, mais elles m’ont permis de passer dans beaucoup d’endroits humides sans tremper immédiatement les pieds. Même lorsqu’elles ont fini par prendre l’humidité, elles ont pu sécher au refuge. Pas d’ampoule au retour : je suis très content du résultat.

Les aquashoes ont été indispensables sur nos gros passages à gué : légères, faciles à accrocher au sac et pratiques à sécher. Aucun style. Beaucoup d’utilité. Je ne les ai pas utilisées comme chaussures de camp ; au refuge, je restais plutôt en chaussettes. Un pantalon convertible aurait simplifié plusieurs traversées, même si, pour le gué le plus profond, il aurait de toute façon fallu tout retirer.

J’avais aussi posé du Leukotape sous l’avant des pieds avant de partir. Ça a très bien tenu à la marche. Au sauna, puis dans le lac, puis au sauna, puis dans le lac… beaucoup moins. Étonnant.

Le vrai problème, c’est que les adhésifs (leukotape, pansements ampoules, etc.) de ma trousse de secours ne collaient presque plus lorsque j’ai voulu en remettre. Froid ? Humidité ? Je n’en sais rien. Je les protégerais mieux la prochaine fois. Heureusement, un des copains avait des straps, qui ont permis de protéger deux zones de frottement du pantalon au niveau des cuisses avant que ça devienne vraiment pénible. Retirer ce qui gênait dans une poche cargo a aussi bien aidé. À refaire, je protégerais dès le départ le gros et le petit orteil en plus de l’avant du pied.

Le Karrimor Bobcat, lui, m’a un peu gonflé. Il était confortable, ne m’a pas fait mal et a transporté tout ce qu’il fallait. Ça compte. Mais cette foutue sangle pectorale a passé le séjour à se décrocher. Je l’ai perdue, retrouvée, raccrochée… plusieurs fois. Certaines fermetures ne m’inspiraient pas non plus une confiance folle. Mon petit kit de réparation a servi. Je pourrais repartir avec ce sac, mais après avoir réglé ces problèmes.

Enfin, quelques objets n’ont pas servi : la moustiquaire de tête, les comprimés de traitement de l’eau, la batterie externe. Cela ne les rend pas automatiquement inutiles pour un prochain départ. La moustiquaire représente très peu de poids pour une situation qui pourrait vite m’agacer. Mon petit tapis pour m’asseoir, resté dans la valise, m’a manqué sans être indispensable ; un des copains a utilisé le sien à plusieurs reprises. Je le reprendrais volontiers.

La liste était donc bonne. Il reste quelques trucs à régler : une vraie place pour dormir, une sangle qui reste accrochée, des adhésifs qui collent et un caleçon qui rentre avec son propriétaire. Rien d’insurmontable.

Nous avions une carte papier, une boussole et la cartographie hors ligne sur Mapy.com.

Nous avons quand même réussi à prendre deux fois le mauvais chemin.

Le matériel fonctionne très bien. Encore faut-il penser à le regarder au lieu de raconter des conneries aux copains.

La première erreur nous a envoyés sur les hauteurs au lieu de suivre la vallée. La deuxième nous a obligés à couper un peu à travers la forêt pour retrouver la bonne trace. Dans les deux cas, on a compris où on était et corrigé le trajet. Un peu de temps et de distance en plus, mais aussi de très beaux paysages. On était presque contents de s’être plantés.

Je dis presque, parce qu’il ne faudrait pas non plus en faire une méthode.

La carte papier a vraiment servi. Le soir au refuge ou le matin avant de partir, c’est quand même beaucoup plus agréable de déplier une carte et de regarder toute l’étape que de déplacer un petit bout de paysage avec le doigt sur un écran.

En revanche, lorsqu’on hésite sur sa position, le GPS est sacrément pratique. Surtout quand le chemin existe sur la carte, mais semble avoir pris sa journée sur le terrain. Au Sokosti, il fallait parfois arrêter de chercher une jolie trace et regarder par où passer entre les blocs.

J’aime bien savoir me servir d’une carte et d’une boussole. Ça ne m’oblige pas à me compliquer volontairement la vie. Un briquet reste plus pratique que deux bouts de bois. Le téléphone, c’est pareil : quand il peut nous éviter de tourner en rond, autant s’en servir.

Et sur ce séjour, il a été étonnant.

Cinq jours sans recharger mon iPhone 16e. Encore environ 15 à 20 % de batterie à l’arrivée.

J’étais en mode avion, avec les fonctions inutiles coupées et les cartes déjà téléchargées. Je regardais le GPS de temps en temps, faisais une photo, puis je rangeais le téléphone. La batterie externe est restée dans le sac.

Les copains avaient parfois un peu de 4G. De mon côté, quelques SMS passaient, mais l’absence de réseau ne m’a pas gêné. Nous avions ce qu’il fallait pour nous orienter et suffisamment de choses à regarder dehors. Mon bracelet WHOOP a lui aussi gardé ses données et tout resynchronisé au retour.

Bref, rien de compliqué. La carte pour regarder où on va, le GPS pour vérifier où on est. Et de temps en temps, penser à regarder les deux avant de dépasser la bifurcation.

Nourriture et eau

Avant le départ, j’avais pesé la nourriture, calculé les apports et préparé un sachet par journée.

Le genre d’organisation qui peut donner l’impression qu’on prépare une mission spatiale alors qu’on va simplement marcher et manger du fromage.

Eh bien, je referais exactement pareil.

J’ai presque tout mangé. Je n’ai jamais eu faim. Et surtout, j’avais la patate.

Il m’est resté l’équivalent d’un encas pour l’après-midi sur l’ensemble du séjour. La ration de secours, elle, est revenue intacte. Rien ne m’a écœuré et je n’ai pas passé les deux derniers jours à négocier avec moi-même pour terminer un truc que je ne pouvais plus voir.

J’avais notamment emporté du jerky. Si vous voulez remonter jusqu’à la cuisine, j’avais raconté mes essais de jerky maison et leur coût avant le départ. Cette fois, on était enfin passés de la balance de cuisine au sac à dos.

Le plus étonnant, c’est que je me suis parfois forcé à manger. Quand je suis en activité, j’ai tendance à manger assez peu. Avoir mes quantités prévues m’a donc bien aidé : je savais ce que j’avais prévu pour la journée et je le mangeais, même quand je n’avais pas spécialement faim.

Et les fameux sachets quotidiens ?

Validés.

Un des copains avait tout mis en vrac. On a assez vite vu la différence entre sortir le sachet du jour et fouiller dans toute sa nourriture pour décider ce qu’on allait manger, ce qu’il restait et ce qu’il fallait garder pour demain.

Mon petit rangement de maniaque avait donc une utilité. C’est toujours agréable quand ça arrive.

Il reste quand même un détail : au retour, j’avais perdu environ 1,15 kg.

Pas énorme, mais pas rien non plus. Je me sentais très bien pendant le trek et j’avais de l’énergie jusqu’au bout. La balance, elle, affichait un peu moins. Je garde les deux infos pour la prochaine fois, sans prétendre calculer un manque précis de calories à partir d’une seule pesée.

Pour repartir cinq jours, je reprendrais donc cette base. Les quantités m’allaient bien, tout me faisait envie et je n’avais pas l’impression de passer mon temps à manger la même chose. Franchement, j’ai rarement été aussi content de ce que j’avais prévu côté bouffe.

Pour l’eau, ça a été encore plus simple.

Il y en avait partout sur notre parcours.

Le BeFree de 1 litre a parfaitement fait le boulot. On remplit, on filtre, on boit. Bon débit, poche souple pratique et une contenance qui m’a suffi avec les points d’eau rencontrés. Les comprimés de secours n’ont pas servi.

Entre ce qu’on buvait, ce qu’on traversait et ce qui nous tombait dessus le jeudi, on peut difficilement dire que l’eau nous a manqué.

J’aurais simplement préféré qu’une plus grande partie reste à l’extérieur de mon pantalon.

Ce que je retiens et ce que je changerais si je repartais

Pas grand-chose.

Ça peut sembler un peu court après avoir passé autant de temps à raconter le voyage, mais c’est vraiment mon avis.

Même parcours. Même durée. Même période. Même équipe.

La journée au Sokosti avec un sac allégé était une excellente idée. Deux nuits au même endroit, pas de camp à démonter le matin et le temps de profiter du lac et du sauna après la montée. Je garderais ça sans hésiter.

Je prendrais évidemment une tente dans laquelle les personnes prévues peuvent réellement dormir. Je réglerais aussi cette histoire de sangle pectorale, protégerais mieux les adhésifs et reprendrais mon petit tapis pour m’asseoir. Rien qui nécessite de jeter tout le matériel pour recommencer.

Et avant de quitter un refuge, je vérifierais le séchoir.

Deux fois.

Le caleçon mérinos abandonné quelque part en Finlande mérite au moins qu’on tire une leçon de sa disparition.

Je suis aussi très content d’avoir pris le temps de me préparer physiquement. Est-ce que ça se serait bien passé en faisant moins ? Peut-être. J’en sais rien. Ce que je sais, c’est que j’ai passé cinq jours à profiter de la randonnée sans douleur, sans jambes lourdes et sans attendre désespérément la prochaine pause. Ça me suffit largement pour avoir envie de refaire la même préparation.

Et puis il reste les paysages.

Le Sokosti, les blocs, le vent, le lac tout en bas. Les petits étangs au retour. Les couleurs rouges et jaunes. Les coins entre Luirojärvi et Lankojärvi, magnifiques même sous la pluie. On changeait régulièrement d’ambiance, sans jamais avoir l’impression de refaire la journée de la veille.

Pour les animaux, en revanche, nous avions été un peu optimistes.

Environ cinq rennes juste après le départ. On s’était dit qu’on allait en voir partout.

Nous n’en avons plus revu un seul.

Quelques oiseaux, une grenouille, beaucoup de champignons et de baies. Nous avons même essayé de marcher deux ou trois heures en silence pour avoir davantage de chances d’approcher les animaux.

Rien.

Au moins, les copains ont eu la paix pendant deux ou trois heures.

Notre ami finlandais fait lui aussi partie des excellents souvenirs. Toujours souriant, toujours content de discuter. Je ne suis pas forcément du genre à vouloir marcher avec tous les gens que je croise, mais lui, on était vraiment ravis de le retrouver à chaque fois.

Les autres randonneurs étaient souvent plus réservés. Il nous a parfois fallu un peu de temps pour comprendre que cette réserve n’avait rien de désagréable. Et entre les refuges et le sauna, les occasions de partager un moment ne manquaient pas.

Je suis donc revenu avec très peu de choses à corriger et une grosse envie de repartir. La valise perdue (et pour la petite histoire… re-perdue au retour. Ça régale.), les erreurs de chemin, la pluie et les gués n’ont pas gâché le séjour. On avait de quoi s’adapter et, au final, ce sont aussi ces moments qu’on raconte en rigolant.

Si vous aimez marcher, que vous acceptez de vous mouiller un peu (voire beaucoup) et que vous avez envie de dire oui à la vie, je ne peux que vous recommander le Urho Kekkonen Park.

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