Lorsqu’on prend conscience de la potentielle instabilitĂ© de notre environnement de vie, que ça soit sur la durĂ©e (paupĂ©risation, « ensauvagement » de notre sociĂ©tĂ©, etc.) ou de maniĂšre plus ou moins temporaire (inondation, pĂ©nurie, etc.), on entame alors gĂ©nĂ©ralement une dĂ©marche…
Cette dĂ©marche, c’est l’anticipation de ces risques.
On se prĂ©pare au pire, tout en espĂ©rant le meilleur. Ăa n’est pas parce qu’on met la ceinture de sĂ©curitĂ© dans la voiture qu’on souhaite avoir un accident… mais simplement qu’on a conscience des risques et que une simple anticipation peut nous sauver la vie.
Cette rĂ©flexion, appliquĂ©e Ă toutes les facettes de notre vie, s’appelle le prepping ou le survivalisme.
Malheureusement, en occident, parler de potentiels malheurs est trĂšs mal vu. Peut-ĂȘtre des rĂ©miniscences de vieilles superstitions et de « porter lâĆil »…
C’est ainsi que, ces derniĂšres annĂ©es, les mĂ©dias et les autoritĂ©s publiques ont caricaturĂ©s toutes celles et ceux qui anticipent et qui se veulent responsables (« qui prend en charge lui mĂȘme sa vie et sa survie, sans attendre nĂ©cessairement d’aide extĂ©rieure ») comme Ă©tant dans un dĂ©lire post-apocalyptique…
C’est Ă©videmment dommage et dommageable pour notre sociĂ©tĂ©, d’autant que le gouvernement Français a en rĂ©alitĂ© exactement la mĂȘme dĂ©marche et pousse les citoyens Ă se prendre en charge.
Du coup… Faut-il se prĂ©parer seul ou en groupe ? En secret ou publiquement ?
La dĂ©marche idĂ©ale…
L’idĂ©al quand on se lance dans l’aventure prepper serait Ă mon avis de suivre ce schĂ©ma trĂšs simple :
1 – PrĂ©paration intellectuelle personnelle
Dans un premier temps, il faut avoir son propre cheminement intellectuel et une structuration de la pensĂ©e claire autour du projet Ă mettre en Ćuvre.
Se poser des questions, ĂȘtre curieux, ne pas ĂȘtre absolu, dĂ©couvrirâŠ
2 – Partager, participer, Ă©changer
Sans rentrer sur des action concrÚtes, cette étape vous implique dans un partage oral ou écrit.
Vous n’ĂȘtes plus simplement spectateur mais devenez acteur de votre projet.
Cette Ă©tape concerne la sphĂšre d’inconnus du web, dĂ©jĂ initiĂ©s au sujet.
Il est probablement difficile pour vous d’ĂȘtre Ă l’aise avec tout ça vis Ă vis des personnes non concernĂ©es. C’est un peu comme parler d’un sujet politico-Ă©conomique pointu avec son petit cousin alors qu’il joue Ă sa PSP.
C’est dans cette partie qu’interviennent les groupes Facebook, les sites Internet spĂ©cialisĂ©s (comme NoPanic), les forums, les zones de commentaires sur Youtube, etc.
3 – CrĂ©er son rĂ©seau
C’est l’Ă©tape la plus compliquĂ©e car on passe dans le concret.
Ici interviennent les relations humaines réelles et physiques.
On oublie internet et ses belles paroles et on met en Ćuvre sa prĂ©paration, en lien avec des vraies personnes.
La premiĂšre sphĂšre c’est la sphĂšre privĂ©e : La famille proche..
Attention, on ne convertit pas en crĂ©ant la peur ou par la contrainte ! Ăa passe par un cheminement logique et sain, par une volontĂ© rĂ©elle de partage, par un projet commun. Chacun son rythme et tout se passera au mieux.
Viennent ensuite les amis proches et pourquoi pas les voisins. On se rend vite compte qu’avec un peu de pĂ©dagogie on ne passe plus pour l’illuminĂ© qui a toujours son kit bobologie et son couteau dans sa poche… En grattant un peu, on se rend compte que le papi au bout de la rue fait lui mĂȘme ses conserves depuis 40 ans et qu’il a 6 mois de lĂ©gumes dans le sellier. On voit aussi que son pote Ă son brevet de secouriste et que son beau frĂšre s’est mis Ă la mĂ©canique autoâŠ
Pas besoin de formaliser tout ça, encore moins de le structurer, il suffit de maintenir le contact et de partager les idées et les bon plans.
Qu’en est-il de cette dĂ©marche… dans le vrai monde ?
En rĂ©alitĂ©, c’est souvent lors de cette derniĂšre Ă©tape que ça coince… mais il faut comprendre pourquoi.
En sociĂ©tĂ©, le fait d’ĂȘtre prĂ©voyant est assimilĂ© Ă de la paranoĂŻa.
Chercher Ă devenir plus autonome et refuser (enfin.. c’est un bien grand mot) la consommation Ă outrance te fait vite passer pour un marginal.
Par dessus tout ça, il y a les mĂ©dias qui crĂ©ent dans la tĂȘte des gens des raccourcis idiots du genre : Prepper / survivaliste = parano = extrĂ©misteâŠ
Rassurez-vous (ou pas, d’ailleurs), on retrouve ce mĂȘme schĂ©ma de simplification et d’extrĂ©misation dans tout ce qui sort de la façon de penser majoritaire. C’est une forme de macro-processus de dĂ©fense.
Mais attention : bien souvent vous faites partie du processus qui cause cette image ! Jamais, dans mon entourage, on ne me fait de remarque sur tout ça… Pourquoi ? La modĂ©ration.
De plus, depuis une certaine pandémie en 2020 et les pénuries qui ont suivies, le « grand public » est plus réceptif au idées de prepping.

Du coup, faut-il en parler ou tout garder pour soi ?
Selon moi, il faut Ă la fois savoir contrĂŽler ce qu’on dit et comme on le dit (le fameux low eProfile) et surtout Ă qui on le dit.
Celui qui s’Ă©tale trop sur le sujet auprĂšs de nĂ©ophyte va passer pour un barge. Il faut utiliser la pĂ©dagogie et/ou l’exemple.
Si tu arrives dans un groupe et que tu balances « j’ai six mois de stocks dans ma cave », les gens vont t’assimiler Ă ce qu’il connaissent, c’est Ă dire le mouvement survivaliste amĂ©ricain qu’on voit sur RMC dĂ©couverte. Cette image romancĂ©e, avec des scĂ©narios improbables, des armes et du bacon en tube est complĂštement hors de notre rĂ©alitĂ©.
Ă l’inverse si tu parles de l’usage que tu as eu de tes prĂ©paratifs lors d’Ă©vĂšnements qui ont marquĂ©s tes amis (la tempĂȘte de 1999, Xynthia en 2010, le premier mois de confinement du COVID en 2020, etc.), alors tes propos seront concrets et non de l’ordre du fantasme apocalyptique hollywoodien.
Comment partager ? Par quoi commencer ?
L’EDC (EveryDay Carry) est une bonne introduction.
Vous passez tous pour celui qui trimballe sa pharmacie partout avec lui, mais vous avez tous l’exemple du pote ou du collĂšgue qui vous taxe un Doliprane, un pansement, ou votre couteau pour ouvrir un colis.
Sans vouloir convertir, l’EDC est le bon moyen de sensibiliser vos proches Ă l’anticipation et du coup, Ă la prĂ©paration.
Ce processus est d’autant plus simple si ces derniers ont des enfants : le sac de change n’est finalement qu’un genre de BoB de bĂ©bĂ© !
Faut-il faire un réseau ?
Le rĂ©seau est intĂ©ressant (Ă mon sens) que s’il est composĂ© de personnes indĂ©pendantes.
J’ai du mal Ă imaginer qu’un organisme structurĂ© comme une association ou Ă©quivalence, puisse fonctionner sur le long terme, surtout en cas de crise.
Il existe de nombreux cas d’Ă©co-villages autonomes qui, sans forcĂ©ment l’afficher directement, sont dans une dĂ©marche survivaliste. Beaucoup Ă©chouent, du fait des conflits humains, ce qui est souvent le plus dur Ă gĂ©rer.
Autant ils peuvent ĂȘtre surmontĂ©s en famille ou avec des amis trĂšs proches… autant avec des personnes que l’on connaĂźt finalement pas ou peu, c’est souvent plus difficile.
Le rĂ©seau est trĂšs utile en phase de prĂ©paration, mais en situation dĂ©gradĂ©e, j’imagine qu’il sera difficile de compter sur certaines personnes (qui devront gĂ©rer leurs prioritĂ©s et leurs urgences), Ă part les personnes trĂšs proches et dignes de confiance.
On se rend vite compte que quand le besoin se fait sentir, le chacun pour soi prime souvent.
En conclusion ?
En conclusion, une fois de plus, il n’y a pas de recette miracle, mais les ingrĂ©dients sont : modĂ©ration, jugeote, pĂ©dagogie et expĂ©rience personnelleâŠ
Et vous ? PrivilĂ©giez-vous l’aventure en solo ou en groupe ? CachĂ©e ou publique ?





