Voyager dans un pays où Internet est filtré : comment se préparer ?

de Sven

On pense au visa, à l’assurance, aux prises électriques ou à la monnaie locale. Le téléphone, lui, reste souvent configuré comme si le voyage consistait simplement à passer de Lyon à Nantes.

Dans un pays où une partie d’Internet est filtrée, censurée ou difficilement accessible, cette habitude peut vite devenir un problème.

Une adresse d’hôtel enregistrée uniquement dans un e-mail, une réservation stockée dans le cloud ou un code de connexion envoyé sur la carte SIM restée en France peuvent soudain devenir difficiles à récupérer. Le téléphone fonctionne parfaitement, la 4G s’affiche, mais le service attendu ne répond plus.

Et le problème, c’est qu’on découvre généralement ces dépendances au moment précis où elles deviennent inutilisables.

La bonne nouvelle, c’est qu’une grande partie de ces problèmes se prépare avant le départ, avec les appareils et les comptes que l’on utilise réellement.

Commencer par identifier ses dépendances numériques

Faites un test simple avant le voyage : passez votre téléphone en mode avion et essayez de retrouver tout ce dont vous auriez besoin pour votre première journée sur place.

Votre billet d’avion est-il réellement disponible hors ligne ? L’adresse complète de votre hébergement apparaît-elle ailleurs que dans votre messagerie de réservation ? Vos billets de train sont-ils accessibles sans connexion ? L’application de traduction possède-t-elle déjà la langue nécessaire ?

Même question pour la banque, l’assurance ou les cartes de paiement virtuelles : certaines fonctions dépendent totalement de l’application et d’une connexion aux serveurs.

Autrement dit, « je l’ai dans mes mails » n’est pas une stratégie de sauvegarde très solide à 8 000 kilomètres de chez soi.

Les informations indispensables méritent donc une copie locale. Un PDF du billet, quelques captures d’écran et l’adresse de l’hôtel écrite dans la langue du pays peuvent éviter de transformer un simple problème de connexion en après-midi perdu.

Je conserverais au minimum sur le téléphone :

  • les réservations ;
  • l’assurance voyage ;
  • les contacts importants ;
  • l’itinéraire principal ;
  • les ordonnances nécessaires ;
  • une copie du passeport.

Une deuxième copie chiffrée peut rester sur une clé USB ou dans l’ordinateur si celui-ci accompagne le voyage.

La copie du passeport, justement, mérite un minimum d’attention : mieux vaut éviter de laisser ce genre de document abandonné dans la galerie photo au milieu des captures d’écran et des images reçues par messagerie.

Télécharger les cartes avant d’en avoir besoin

Les cartes hors ligne sont aujourd’hui tellement simples à télécharger qu’on oublie facilement leurs limites.

Télécharger une région entière la veille du départ ne garantit pas que toutes les informations seront disponibles : certains itinéraires pédestres, transports publics, horaires ou informations commerciales nécessitent encore une connexion.

Il faut donc ouvrir les zones réellement importantes pendant que tout fonctionne encore, enregistrer les hébergements, gares, aéroports et autres points utiles comme favoris et vérifier que leur adresse apparaît correctement.

Là encore, le test en mode avion est assez révélateur.

Si vous êtes incapable de retrouver votre hôtel sans connexion alors que vous êtes encore tranquillement chez vous, mieux vaut le découvrir maintenant qu’à la sortie d’un aéroport.

Le droit local passe avant la solution technique

Le filtrage d’Internet varie énormément d’un pays à l’autre.

Certains bloquent quelques plateformes. D’autres contrôlent les services de messagerie, certains moteurs de recherche, les médias étrangers ou les outils permettant de contourner ces restrictions.

Et les règles évoluent généralement beaucoup plus vite qu’un guide de voyage imprimé deux ans auparavant.

La Chine offre un exemple assez parlant. Les conseils officiels belges indiquent que de nombreux sites et applications sont bloqués par le pare-feu national. Ils recommandent de télécharger un VPN avant l’arrivée pour pouvoir atteindre certains services, tout en rappelant que son utilisation pour contourner ces restrictions est interdite.

Les recommandations françaises précisent de leur côté que le recours aux VPN est réglementé.

Cela résume assez bien la difficulté : un outil peut fonctionner techniquement sans être autorisé juridiquement.

Il ne faut donc pas appliquer automatiquement à la Chine, à la Russie, à la Turquie, aux Émirats arabes unis ou à l’Iran les habitudes acquises en France.

Avant d’installer ou d’utiliser un outil de contournement, vérifiez les conseils aux voyageurs publiés par les autorités françaises ainsi que les règles locales en vigueur au moment du séjour.

Pour certains voyageurs (journalistes, chercheurs, militants ou personnels d’entreprise) le risque ne se limite d’ailleurs pas à l’accès à Internet. Le contenu présent sur l’appareil, les contacts enregistrés et les documents professionnels peuvent justifier un protocole spécifique défini avant le départ.

Installer les outils tant qu’ils sont encore accessibles

Arrivé sur place, le site d’un fournisseur VPN (ou même une e-sim !), son assistance ou même son application peuvent faire partie des ressources filtrées.

Chercher à installer son outil de secours depuis le Wi-Fi de l’aéroport est donc exactement le genre de plan B qu’il vaut mieux ne jamais avoir à tester.

L’installation, les mises à jour et la connexion au compte doivent être terminées avant le départ.

Même logique sur tous les appareils concernés : si vous partez avec un téléphone et un ordinateur, le logiciel doit déjà être présent et fonctionnel sur les deux.

Et un VPN ne règle pas tout

Un VPN peut être utile pour accéder à certains services ou sécuriser une connexion, mais il ne transforme pas une connexion défaillante en réseau fonctionnel.

Si le réseau mobile est coupé, si le Wi-Fi ne fonctionne plus ou si certains protocoles sont activement bloqués, le VPN ne crée pas une nouvelle connexion à Internet.

Sur NoPanic, nous avons déjà détaillé plus largement ce qu’un VPN améliore réellement et ce qu’il ne protège pas.

Le choix ne devrait pas reposer uniquement sur une promesse du type « fonctionne partout ». Parmi les 30 services VPN testés, les évaluations portent sur près de 50 critères, dont la conservation du débit, les fuites DNS, IP et WebRTC, le coupe-circuit (« kill switch ») et le nombre d’appareils autorisés. Pour un voyage, je regarderais surtout la disponibilité des applications nécessaires, les protocoles proposés et la possibilité de joindre l’assistance sans passer par le site principal.

Dans tous les cas, ne partez pas avec un outil que vous n’avez jamais testé.

Ouvrez l’application avant le voyage, connectez-vous au compte et vérifiez que vous connaissez réellement votre mot de passe.

Cela paraît évident, jusqu’au moment où la récupération du mot de passe nécessite un SMS envoyé sur un numéro français devenu inaccessible.

Gardez également l’adresse du support et les éventuelles instructions de configuration dans une note disponible hors ligne. Si plusieurs modes de connexion sont proposés et autorisés dans le pays de destination, configurez-les avant le départ.

Inutile en revanche d’installer cinq VPN « au cas où ». Cela multiplie surtout les profils réseau, les autorisations et les abonnements que l’on ne reconnaît plus quelques semaines plus tard.

Le véritable piège : les codes de connexion

Vous avez enfin Internet. Vous ouvrez votre banque. Elle vous demande un code envoyé… sur votre numéro français, désormais inaccessible.

C’est probablement l’un des problèmes les plus bêtes et les plus faciles à anticiper.

Changer de carte SIM peut couper l’accès au numéro utilisé pour la double authentification. Le problème apparaît précisément lorsqu’une banque, une messagerie ou un compte détecte une connexion inhabituelle et demande une vérification supplémentaire.

Avant le voyage, remplacez autant que possible les SMS par une application d’authentification, une clé d’accès ou une clé de sécurité physique.

Un second appareil de confiance peut également recevoir les demandes de validation, à condition qu’il soit réellement accessible en cas de besoin.

Google permet par exemple de générer des codes de secours uniques lorsque la validation en deux étapes est activée. Ils doivent être créés avant d’en avoir besoin.

Une copie papier rangée séparément du téléphone est particulièrement rustique. C’est aussi son intérêt : elle fonctionne après une panne de batterie, une perte du téléphone ou un problème de carte SIM.

Faites le même contrôle pour les comptes dont vous dépendez réellement :

  • banque ;
  • compte Apple ou Google ;
  • messagerie principale ;
  • gestionnaire de mots de passe ;
  • assurance ;
  • outils professionnels indispensables.

Une adresse e-mail secondaire que vous n’avez pas ouverte depuis trois ans n’est pas vraiment une solution de récupération.

Voyager avec moins de données

La meilleure donnée à protéger en voyage reste parfois celle que l’on n’a pas emportée.

Un appareil perdu ou saisi ne contient pas seulement quelques photos de vacances. Il peut donner accès aux e-mails, aux conversations privées, aux documents professionnels et parfois à l’ensemble des mots de passe enregistrés.

La CNIL recommande notamment, pour les voyages hors de l’Union européenne, de sauvegarder ses données et, si possible, de voyager avec un téléphone vierge ou un ancien appareil remis à zéro.

Le principe est simple : moins l’appareil contient de données dont vous n’avez pas besoin pendant le voyage, moins une perte, un vol ou un contrôle peut exposer d’informations.

Un ordinateur professionnel rempli de dossiers clients n’a aucune raison de partir si une machine plus simple peut accomplir la mission.

Pour un déplacement sensible, un profil ou un appareil dédié au voyage peut également limiter les dégâts. On y conserve les applications nécessaires, quelques contacts et les documents du séjour, sans emporter automatiquement dix années d’archives numériques.

Le stockage doit être chiffré et l’appareil protégé par un code suffisamment solide.

Les professionnels peuvent également consulter le guide consacré aux déplacements proposé par les services liés à l’ANSSI.

Prévoir un plan B… qui soit vraiment un plan B

Une connexion mobile, le Wi-Fi de l’hôtel et un VPN ne représentent pas nécessairement trois solutions indépendantes.

Si le réseau national est fortement perturbé, les trois peuvent tomber simultanément.

Un VPN transporte du trafic sur une connexion existante. Il ne remplace ni une antenne mobile ni un fournisseur d’accès.

La préparation doit donc également sortir du téléphone.

Un proche devrait connaître l’itinéraire principal, les hébergements prévus et la date du prochain contact. Fixer une règle simple (exemple : un message chaque soir ou tous les deux jours) évite de dépendre uniquement des notifications d’une application.

Choisissez également une seconde messagerie déjà installée et testée par les deux personnes.

Après l’arrivée, je conserverais au moins un appareil dans une configuration que l’on sait fonctionnelle.

Évitez par exemple de cumuler immédiatement :

  • une grande mise à jour système ;
  • un changement de carte SIM ;
  • une modification du compte principal ;
  • plusieurs nouveaux réglages réseau.

Les banques et certaines plateformes peuvent déjà réagir à une connexion provenant d’un nouveau pays. Si l’appareil change en plus régulièrement d’adresse IP ou de serveur VPN, les vérifications de sécurité peuvent se multiplier.

Enfin, une petite feuille rangée dans le bagage à main peut contenir les informations qu’on oublie précisément parce que le téléphone les connaît pour nous : adresse de l’hébergement, numéros importants, quelques codes de récupération ou informations utiles concernant la carte SIM.

Elle ne pèse rien.

Le jour où l’application de réservation refuse de charger, personne ne regrette vraiment d’avoir imprimé une page de trop.

Avant de partir, simulez la panne

Il reste un dernier test à faire avant de fermer la valise.

Passez votre téléphone en mode avion. Imaginez maintenant que votre numéro français ne puisse plus recevoir de SMS et que votre stockage cloud soit momentanément inaccessible.

Pouvez-vous encore :

  • retrouver votre hébergement ;
  • présenter vos billets ;
  • vous orienter ;
  • accéder aux informations de votre assurance ;
  • contacter un proche ;
  • récupérer vos principaux comptes ;
  • disposer d’un moyen de paiement fonctionnel ?

Tout ce qui casse pendant ce test mérite probablement une solution avant le vol.

La préparation numérique obéit finalement à la même règle que le reste : le meilleur moment pour découvrir qu’un plan B ne fonctionne pas, c’est lorsqu’on n’en a pas encore besoin.

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