Comment se soigner dans la nature ? Nos conseils de base

de Mat & Thom
Publié le : DerniÚre mise à jour le

La pratique d’activitĂ©s de plein air est bien souvent Ă  l’origine de blessures bĂ©nignes mais qui peuvent s’aggraver en absence de soins rapides. 

Cet article propose des moyens simples pour assurer les premiers soins aprÚs une coupure, brûlure, éraflure ou projection de corps étrangers dans les yeux.

Ce que vous ne trouverez pas dans cet article : des traitements à base de plantes, des pommades et onguents, des méthodes de soins qui se substituent à un contrÎle médical réalisé par des professionnels et enfin des remÚdes de grand-mÚre ou de rebouteux.

Les méthodes présentées ici sont élaborées à partir des techniques de soins infirmiers et du matériel minimum disponible dans la nature sous un climat tempéré.

Elles sont volontairement simples mais pas simplistes, elles respectent des rĂšgles d’hygiĂšne et d’asepsie rigoureuse. 

Cet article a été écrit par M. Vik, infirmier DE.

Bonne lecture !

  1. Les principes de base
  2. Les rĂšgles de base
  3. Les produits de base
  4. Soyez responsables

1 – les quatre grands principes de base

  • Le premier des grands principes est que le corps se soigne seul, le soignant n’est lĂ  que pour l’aider.

    En effet, le corps fabrique lui-mĂȘme tous les outils nĂ©cessaires Ă  la cicatrisation et Ă  son propre rĂ©tablissement, il possĂšde des dĂ©fenses immunitaires et des plaquettes qui l’aident Ă  cicatriser une plaie ou Ă  empĂȘcher une infection.

    Le soignant par son action, accĂ©lĂšre le processus naturel, mais ne s’y substitue pas, au final c’est quand mĂȘme bien le corps qui cicatrise et pas le soignant qui le fait cicatriser. 
  • DeuxiĂšme principe : il est toujours prĂ©fĂ©rable de faire des pansements simples.

    Les pansements simples sont toujours bien adaptés, pas trop épais, pas trop encombrant, souples et ils suivent les mouvements naturels du corps lorsque cela est possible. Un pansement simple est bien souvent un pansement efficace. 
  • TroisiĂšme principe : le soin se dĂ©roule en trois Ă©tapes.

    1 – Nettoyage / irrigation (pour Ă©liminer les sources d’infection).
    2 – Asepsie de la plaie (qui ne dure qu’une dizaine de minutes Ă  l’air libre).
    3 – Enfin protection de la plaie avec un dispositif humide et non adhĂ©rent au tissu cicatriciel. 
  • Dernier grand principe : il ne suffit pas de faire un pansement, le soin ne s’arrĂȘte pas lĂ , il est nĂ©cessaire d’effectuer une surveillance.

    1 – Dans un premier temps la surveillance d’une inflammation Ă©ventuelle, signe de complication. L’inflammation est la survenue d’une rougeur autour de la plaie qui est chaude et qui est douloureuse au toucher. 
    2 – Le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment de surveillance important est la tempĂ©rature corporelle synonyme d’une infection. 
    3 – Enfin la troisiĂšme chose Ă  surveiller est la prĂ©sence de pus ou de nĂ©crose. 

    Note : Ne pas s’inquiĂ©ter des dĂ©mangeaisons. La dĂ©mangeaison est un signe naturel de cicatrisation, elle n’est aggravante que s’il s’agit d’un Ă©rythĂšme par contact avec une plante urticante. 

2 – Les trois rĂšgles de bases

  • La premiĂšre des rĂšgles reste bien sĂ»r l’hygiĂšne personnelle, celle du soignant et celle du soignĂ©.

    Il n’est pas concevable de soigner une personne avec une hygiĂšne dĂ©faillante ou d’envisager pratiquer un soin avec le nez qui coule et les mains sales ! C’est peut ĂȘtre Ă©vident mais cela demande une certaine discipline car il n’y a rien de plus difficile que de ne pas se gratter le nez lorsqu’il nous dĂ©mange, et bien lors d’un soin c’est proscrit ! Ou mĂȘme de se passer la main dans les cheveux parce qu’ils nous gĂȘnent dans le visage (et lĂ  j’ai en tĂȘte des souvenirs trĂšs prĂ©cis de collĂšgues qui ne s’attachent pas les cheveux). Cette rĂšgle dĂ©passe donc le seul lavage des mains, encore faut-il ne pas les recontaminer aprĂšs! Nous verrons comment plus tard. 

    Pour l’instant contentons nous de nous les laver. Le mieux reste un morceau de savon de Marseille et de l’eau filtrĂ©e (si elle est stĂ©rile c’est encore mieux, mais bon). L’autre moyen pratique et disponible dans la nature est la saponaire, qui contient un savon naturel (la saponine) et de l’eau filtrĂ©e. À dĂ©faut de ces deux produits, un mĂ©lange de rĂ©sine de pin et de cendre de bois bien rincĂ©e Ă  l’eau stĂ©rile peut faire l’affaire, ou derniĂšre solution une bonne friction d’un bouquet de plantain et d’eau stĂ©rile serra efficace mĂȘme si moins pratique.

    Attachez-vous les cheveux, ne suez pas sur la plaie (le stress du soin peu faire Ă©normĂ©ment suer et mĂȘme si la sueur est stĂ©rile Ă  la base, elle est Ă©mise par des pores chargĂ©s de bactĂ©ries), ne toussez ni n’Ă©ternuez pas, ne portez pas les mains Ă  votre visage (ni ailleurs !), mouchez-vous avant et faites Ă  votre patient les mĂȘmes recommandations.

    Le patient, justement, lui aussi a le droit Ă  son dĂ©crassage en rĂšgle ! Mains, environs de la plaie, nez qui coule et j’en passe. 
  • La seconde rĂšgle de base est de toujours penser et rĂ©aliser le soin du « propre » vers le « sale ».

    Je m’explique: que ce soit dans l’organisation de la prĂ©paration du soin, ou dans sa rĂ©alisation Ă  proprement parler, il faut toujours s’acquitter des tĂąches les plus propres avant les tĂąches les plus sales. Ainsi si plusieurs personnes sont Ă  soigner, occupez-vous en premier des personnes prĂ©sentant les plaies les plus propres (ou les moins sales!) pour vous pencher ensuite vers les cas les plus dĂ©licats et contaminants.

    Dans la mĂȘme logique, sur une mĂȘme personne, prenez en charge les plaies les plus propres pour finir par les plus sales. Enfin sur une mĂȘme plaie commencez par la zone la plus propre pour aller vers la plus sale. 

    Je me suis beaucoup rĂ©pĂ©tĂ©, mais cette prĂ©caution a pour but d’Ă©viter la contamination de zones saines par des germes recueillis sur des zones contaminĂ©es. 
  • La troisiĂšme rĂšgle est : le soin est Ă  sens unique, ne repassez pas sur ce que vous venez de faire.

    LĂ  aussi je m’explique : lors de la rĂ©alisation du soin, ne revenez pas sur le geste que vous venez de rĂ©aliser avec le mĂȘme matĂ©riel, une compresse ne sert qu’une fois, organisez votre « poste de soin » comme un circuit ou le propre se trouve Ă  la tĂȘte du soignĂ© et le sale Ă  ses pieds de façon Ă  ce que vous vous serviez des compresses d’un cĂŽtĂ©, effectuiez le soin au milieu et jetiez la compresse sale Ă  l’autre extrĂ©mitĂ© du circuit « propre/sale ».

    Sur une plaie c’est identique: poser votre compresse imbibĂ©e d’eau stĂ©rile du cĂŽtĂ© le moins sale et d’un seul geste sans revenir en arriĂšre, allez vers le moins propre. Deux schĂ©mas illustrent mes propos. 

3 – Les produits de base

Le premier des obstacles Ă  franchir est : quelles ressources pouvons-nous utiliser pour pratiquer le soin?

La nature est heureusement généreuse et nous offre les produits dons nous avons besoin :

  • S’il n’est pas possible de trouver de l’eau ou de la faire bouillir, un seul liquide peut la remplacer : l’urine !
    L’urine est le seul liquide naturellement stĂ©rile permettant l’irrigation d’une plaie, mais ce n’est pas le plus agrĂ©able ! Alors Ă  n’utiliser qu’en dernier recours.
  • L’autre fluide naturel susceptible de nous aider est la larme, malheureusement elle n’est pas fournie en quantitĂ© suffisante pour irriguer une plaie, en revanche pour irriguer un Ɠil, pas de souci !
    Le meilleur moyen de se rincer l’Ɠil (en dehors des belles cuisses de la voisine) reste de se faire pleurer. Libre Ă  vous de trouver la mĂ©thode la plus efficace, (pour les filles il suffira de se remĂ©morer la fin du film « GHOST » pour les gars peut ĂȘtre la fin de « POINT BREAK « ) en gĂ©nĂ©ral la pensĂ©e suffit, mais il n’est pas interdit de s’aider d’un oignon sauvage ou d’un petit pied de poireau trouvĂ© dans le jardin du paysan du coin !

AprĂšs avoir vu les solutions d’irrigation et de lavage, regardons ensemble les produits antiseptiques. 

  • Le plus rĂ©pandu peut-ĂȘtre est le plantain, mais son pouvoir antiseptique est faible.
    Reste que dans une optique de premiers soins, il sera bien souvent suffisant, n’oublions pas que le corps se soigne seul et que notre action vise seulement Ă  donner un coup de main. Il devra ĂȘtre broyĂ© de maniĂšre propre, le mieux reste la mastication (n’aspirez pas le jus!) si vous n’avez pas de pilon, ou la pression entre les doigts et l’application directe. 
  • Un autre produit plus difficile Ă  trouver, lui, mais qui peut ĂȘtre facilement transportĂ©, est l’ail en gousse.
    Son pouvoir antiseptique est bien meilleur et sa conservation aisée. Il faudra lui aussi le broyer pour en retirer le jus.
  • Enfin le dernier antiseptique n’est pas liquide, mais se produit facilement: le charbon noir de bois.
    L’inconvĂ©nient est qu’en prĂ©sence directe avec la plaie, les dĂ©fenses immunitaires le considĂšreront comme un corps Ă©tranger. Mais en pĂąte, mĂ©langĂ© Ă  de l’eau stĂ©rile, placĂ© entre deux carrĂ©s de tissu, il assurera une compresse absorbante et antiseptique de choix. 

Enfin traitons du pansement.

  • MĂȘme s’il est possible d’effectuer des pansements avec des feuilles ou de l’argile, le plus pragmatique reste l’utilisation de piĂšces de tissu issues de nos vĂȘtements. Les deux fibres naturelles les plus pratiques et courantes sont le coton et le lin, l’usage de fibres synthĂ©tiques est Ă  proscrire, le chanvre quant Ă  lui reste utilisable mais plus rare. 

    Les utilisations de ces tissus peuvent ĂȘtre multiples: gazes, compresses, bandages et mĂšches, mais il ne faut jamais oublier de les stĂ©riliser !

    Pour ce faire rien de plus simple que de les faire bouillir dans l’eau que l’on est en train de stĂ©riliser. Il est plus prudent de les laisser dans l’eau stĂ©rile le temps du soin, cela Ă©vitera toute contamination par contact avec un objet ou le sol. La prĂ©sence de liquide sur les bandes de tissu n’est pas un problĂšme, une plaie cicatrise toujours mieux en milieu humide. 

Ne soyez pas idiots : ne jouez pas Ă  RAMBO !

Les techniques que je viens de vous énoncer ne sont pas là pour éviter de consulter un professionnel de santé, en cas de complication.

La mĂ©decine moderne reste une mĂ©thode trĂšs efficace et l’avis d’un mĂ©decin avisĂ©, indispensable. 

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