L’hécatombe de Bhopal

mat | le 19/04/2013

Shanti, victime du gaz en 1984 à Bhopal

Dans la nuit du 3 décembre 1984, la plus grande catastrophe industrielle de l’Histoire frappait la ville de Bhopal, en Inde. Je suis allé en Inde il y a quelques années. Il faut être aveugle pour ne pas voir l’extrème précarité dans ce pays. Malheureusement, il n’existe pas ou peu de service de secours. Cependant, il ne faut pas compter exclusivement sur l’état, car même en France, le meilleur plan d’évacuation, le classement des usines par zones etc. peut s’avérer inefficace. Sans paranoïa, je le répète, prendre conscience de son environnement et se poser les bonnes questions peut s’avérer utile. Prévoir un petit kit de survie par exemple…

HÉCATOMBE DE BHOPAL

LES FAITS

Shanti, victime du gaz en 1984 à Bhopal

Shanti, victime du gaz en 1984 à Bhopal

Dans la nuit du 3 décembre 1984, l’explosion d’une usine Union Carbide de pesticides a dégagé 40 tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville. Cet accident industriel tua officiellement 3 828 personnes, ce bilan ayant été revu en 1989 à 3 598 morts puis à 7 575 en 1995. Il fit en fait entre 20 000 et 25 000 décès selon les associations de victimes. Il y aurait eu 3 500 morts la première nuit et un grand nombre par la suite : la moitié dans les premières semaines et l’autre moitié de maladies provoquées par l’exposition aux gaz. Dans un article de 2010 du Washington Post consacré aux catastrophes industrielles et notamment la marée noire imputée à BP dans le Golfe du Mexique, le journaliste Paul Farhi évoque un bilan d’« au moins 12 000 personnes » pour la catastrophe de Bhopal. On dénombre par ailleurs 300 000 malades à cause de la catastrophe.

CHRONOLOGIE

L’usine est alors partiellement fermée et tourne au ralenti avec des effectifs encore plus réduits que de coutume.

  • 21 h 15 : Un opérateur de MIC et son contremaître procèdent au lavage d’un tuyau à grande eau. Ce tuyau communique avec le silo 610 ; il semble que la vanne soit restée ouverte, contrairement aux consignes de sécurité. L’eau va donc couler pendant plus de 3 heures et environ mille litres d’eau vont se déverser dans le réservoir.
  • 22 h 20 : Le réservoir 610 est rempli de MIC à 70 % de sa capacité (il contient exactement 11 290 gallons, soit environ 42 740 litres. On y mesure une pression intérieure de 2 psi (1 psi = 0,068 94 bar), valeur considérée comme normale (la pression admissible est comprise entre 2 et 25 psi.)
  • 22 h 45 : La nouvelle équipe de nuit prend la relève.
  • 23 h 00 : Un contrôleur note que la pression du réservoir 610 est de 10 psi, soit cinq fois plus qu’à peine une heure auparavant. Habitué aux dysfonctionnements d’appareils de contrôle, il n’en tient pas compte. Des employés ressentent des picotements des yeux et signalent aussi une petite fuite de MIC près de ce réservoir. De tels faits étant fréquents dans l’usine, on n’y prête pas d’attention particulière.
  • 23 h 30 : La fuite est localisée et le contrôleur est prévenu. Celui-ci décide qu’il s’en occupera à minuit et quart, après sa pause.
  • 00 h 15 : La pression intérieure du réservoir 610 dépasse la limite admissible : elle atteint 30 psi et semble continuer à augmenter.
  • 00 h 30 : La pression atteint 55 psi. Le contrôleur, bravant les instructions reçues de ne pas déranger inutilement son chef de service, se décide enfin à lui téléphoner pour le prévenir. Il sort ensuite pour aller observer l’état du réservoir, qui tremble et dégage de la chaleur. Le couvercle en béton du réservoir se fend, puis la valve de sécurité explose, laissant échapper un nuage mortel.
  • 01 h 00 : Le chef de service arrive, constate rapidement les fuites de gaz toxiques du réservoir 610 et fait sonner l’alarme.
  • 02 h 30 : On réussit à fermer la valve de sécurité du silo 610.
  • 03 h 00 : Le directeur de l’usine arrive et donne l’ordre de prévenir la police, ce qui n’avait pas été fait jusqu’alors, car la politique officieuse de l’usine était de ne jamais impliquer les autorités locales dans les petits problèmes de fonctionnement. Carbide observait la même politique aux USA.

Un nuage toxique se répand sur une étendue de vingt-cinq kilomètres carrés. La majeure partie de la population dort ou ne réagit pas au signal d’alarme. Les ouvriers de l’usine, conscients du danger, s’enfuient sans utiliser les quatre autobus garés dans la cour. Il est difficile de prévenir les autorités car les lignes téléphoniques de l’usine fonctionnent mal.

La panique s’étend à toute la ville et, dans la plus totale incompréhension, des centaines de milliers de personnes sont prises au piège, errant dans les ruelles étroites du bidonville, cherchant des secours qui tarderont à se mettre en place. Le gaz attaque d’abord les yeux, entraînant une cécité, provisoire dans les cas favorables, avant de s’engouffrer dans les poumons pour provoquer de graves insuffisances respiratoires. Les trois cent cinquante médecins de la ville qui peu à peu se mobilisent perdent du temps à comprendre ce qui se passe car aucun d’entre eux n’a été informé sur la nature exacte du MIC et des dangers qu’il présente.

Le gouvernement du Madhya Pradesh a établi le détail du bilan humain :

3 828 morts (identifiés)
40 incapacités totales définitives
2 680 incapacités partielles définitives
1 313 incapacités partielles temporaires avec invalidité définitive
7 172 incapacités partielles temporaires avec invalidité temporaire
18 922 invalidités définitives sans incapacité
173 382 invalidités temporaires sans incapacité
155 203 blessures temporaires sans invalidité

 

AUJOURD’HUI

Chaque année, au mois de décembre, des milliers d’habitants de Bhopal victimes de la catastrophe manifestent au cours d’un lugubre carnaval. Des cris de colère fusent et l’on détruit par le feu des mannequins représentant les responsables de la firme américaine Union Carbide.

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