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sécurité alimentaire de la planète

Alors que je viens de boucler le dossier sur l’autonomie alimentaire, je partage avec vous la retranscription d’une interview Jean-Marc broussard par Audrey Chauvet pour 20minutes.fr

INTERVIEW – L’économiste et agronome est pessimiste à propos de la sécurité alimentaire de la planète…

Vin, cacao, fromage de chèvre… Bientôt, tous ces produits pourraient disparaître. La faute aux mécanismes de marché, qui ont oublié que la production de biens agricoles n’était pas aussi flexible que le voudrait la loi de l’offre et de la demande, d’après l’économiste et ancien directeur de recherches à l’Inra, Jean-Marc Boussard.

Comment naissent les pénuries sur les produits alimentaires?

Le problème vient de la croyance qu’il suffisait de laisser le marché fonctionner pour éviter toute pénurie. Selon la théorie économique, les agriculteurs répondent aux signaux du marché et dès qu’une menace de pénurie apparaît, les prix augmentent, poussant les agriculteurs à augmenter la production. Or, ils ne peuvent pas réagir comme ça, au quart de tour. Par exemple, pour le cacao, on ne peut pas planter des arbres du jour au lendemain, et quand on en a planté, il faut 4 à 5 ans avant la production.

On parle beaucoup de la demande croissante des pays émergents pour différents produits alimentaires. Est-ce vraiment une menace?

C’est indubitable. Deux facteurs ont un fort impact sur la demande alimentaire mondiale: la hausse de la consommation dans les pays émergents et l’augmentation de l’utilisation non alimentaire des produits agricoles, notamment pour les biocarburants. Cette vogue est de nature à faire augmenter les prix de tout ce qui contient de l’amidon (céréales, pommes de terre) et des sucres (canne à sucre et betterave). A long terme, on pourrait produire assez pour nourrir une population mondiale croissante, on sait techniquement le faire, mais cela supposerait qu’on prête beaucoup d’argent aux agriculteurs pauvres des pays en développement pour augmenter leur rendement, et je ne suis pas sûr que les banquiers soient prêts… 

Qui risque le plus de manquer de nourriture?

Le risque n’est pas pour les pays développés comme la France car ils auront toujours de quoi acheter ce qu’il faut. C’est plutôt dans les pays en développement que la population pourrait ne plus avoir les moyens de se procurer de quoi manger. On pourrait songer à réduire la consommation alimentaire partout mais ça ne me paraît pas à la hauteur du problème: au lieu de devoir doubler la production, on pourrait la multiplier par 1,6 ou 1,7. Reste à savoir si les gens se laisseront mourir de faim ou si cela entraînera des conflits armés pour l’accès aux ressources. 

À méditer…

  • Antoine RC

    Le gros problème c’est aussi le gaspillage qui représente 40% de la nourriture produite. Dans le Nord, on « tri » sur des critères esthétiques ou sur des dates de péremption arbitraires dans les supermarchés, dans le Sud ce sont des pertes pendant le stockage à cause du manque d’installations. Si on réduisait ces gâchis l’augmentation de production nécessaire serait moindre.

mat
14/01/2014

Mat aime écrire depuis sa plus tendre enfance, alors moi aussi j'écris une petite bio pour voir ce que ça donne. Permettant un peu d'humaniser cette page.