La Corée du Nord : Armageddon Nucléaire en puissance ou fantasme ?

Tom | le 04/04/2016

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La Corée du Nord : Armageddon  Nucléaire en puissance ou fantasme ? Voici les clés pour décrypter…

La Corée du Nord c’est où ?

Petit pays du sud-est de l’Asie, la Corée du Nord s’étend sur 120 540 km2, en gros un cinquième du territoire français. Population : 24 millions d’habitants. Elle est encadrée au nord et à l’ouest par la République Populaire de Chine (1416 km de frontière commune), la Russie (20 km), à l’est par le Japon (par la frontière maritime) et enfin au sud avec la Corée du Sud, sur 238 km d’une zone dite démilitarisée qui n’en porte que le nom. Cette bande de 2 km de large répartie de part et d’autre du 38e parallèle est un no man’s land rempli de mines et de barbelés…

D’où vient-elle ?

Je vais revêtir mon habit de prof d’histoire barbu pour faire un petit rappel (chiant, mais nécessaire) pour comprendre les conflits actuels.

Le pays existe depuis le premier siècle av. J.-C. Après une domination mongole allant du 12e à la fin du 19e siècle où il passe sous domination japonaise, et ce jusqu’en 1919; date de l’indépendance proclamée. Le conflit nippo-coréen cessera après la chute de l’empire du soleil levant en 1945. Le résistant Kim II Sung, appuyé par les Russes et les Chinois prend la tête du pays. Devant la nature pro communiste du nouveau dirigeant, les états unis mettent en place un gouvernement de transition à Séoul tandis que Kim II Sung s’installe à Pyongyang. En 1948, un accord est trouvé entre les deux grands, plaçant une frontière entre les deux Corées de part et d’autre du 38e parallèle.

Kim Jung Un

Kim Jung Un

Actuel dirigeant : Kim Jung Un.

Nota bene : Pour gagner du temps,  je vais faire usage de deux acronymes : CDN pour Corée du Nord et CDS pour Corée du Sud.

les alliances

Historiquement, la CDN est alliée de la chine (voire plus haut) notamment depuis le « traité d’amitié » de 1961 – Les rapports avec la Russie sont plus compliqués depuis la chute du mur, mais elles ont repris au début des années 2000 grâce à un ambassadeur nord-coréen en Russie devenu depuis ministre des Affaires étrangères. Des accords de coopérations sur la fourniture de pétrole et sur le ferroviaire ont été signés en 2006.

Chine et Corée du Nord

Chine et Corée du Nord

La CDN a également des liens indirects (via la Russie) avec l’Iran qui est probablement le fournisseur du matériel d’enrichissement de l’uranium du programme nucléaire militaire Nord Coréen.

les ennemis

Le premier ennemi de la CDN, désigné comme l’ennemi N° 1 est bien évidemment les états unis. Du fait de la guerre froide et du soutien d’oncle Sam au Japon, mais aussi de la politique de Georges Bush qui l’avait incluse dans « l’axe du mal ». Moins connue est l’inimitié qui l’oppose à Israël, ennemi juré de l’Iran.

La puissance militaire nord-coréenne

Il faut garder à l’esprit que la CDN ne publie pas de chiffres concernant son armée ou alors très farfelus et destinés à « impressionner ». Les données recueillies résultent des opérations d’espionnage conduites par les usa, la CDS et divers pays, mais globalement on arrive à se faire une idée assez claire des forces réelles.

Le grand déballage

Le grand déballage

Selon GlobalFirePower, la CDN est la 5e armée du monde, devant la Russie.  25% de la population est un militaire :  415 000 appelés, 700 000 professionnels et 4 500 000 réservistes. L’armement individuel est l’AK47.

Du point de vue de l’armement, là aussi il y a du volume, mais pas forcément de la qualité :

  • 4200 chars, dont 1200 copies du très vieillissant TU-62 Russe (date des années 80) et 200 chars basés sur les TU 80 dotés en plus de systèmes de visée thermique. Pour comparer, la France possède 250 chars…
  • Il y a aussi environ 9000 blindés de tous genres et 4500 pièces d’artillerie.
  • 950 avions, dont 560 avions de combat particulièrement obsolètes (Mig 25, mig 21), seuls une  cinquantaine de Sukhoi 25 peuvent êtres qualifiés de chasseurs modernes. 200 hélicoptères.
  • Aussi 700 navires, dont 70 sous-marins.

La CDN n’est pas une naine militaire sans qu’on puisse toutefois la considérer comme une armée moderne. Mais venons-en au cœur du sujet :

Le programme nucléaire (civil et militaire)

Le programme civil nucléaire nord-coréen a débuté clandestinement dans les années 70 d’autant plus facilement que le pays possède son propre gisement d’Uranium. La première centrale nucléaire a été mise en service en 1980. Depuis cette époque, le régime a tout fait pour entrer dans le club fermé des états nucléaires.

L’histoire du programme a été une succession de signatures de traités de non-prolifération et de violation de ceux-ci.

En 2002 les états unis ont réuni des indices à la fiabilité douteuse, indiquant que la CDN achetait du matériel pour enrichir de l'uranium.
En 2005 la Corée du Nord a annoncé officiellement qu'elle possédait la bombe avec pour but affiché "d'éviter que le diable américain ne veuille détruire le régime".
Le premier octobre 2006, le premier essai réussi est détecté par les États-Unis et le Japon. Il sera reconnu par la CDN le 6 janvier 2007.
Le second essai à lieu en mai 2009 et le dernier confirmé par satellites et sismographe (y compris français) le 6 janvier 2016 à 02h30. Pyongyang affirme qu'il s'agit d'un test de Bombe H, ce dont doutent les experts (en raison de la puissance de l'explosion). Le régime se justifie en évoquant qu'il s'agit d'une nécessité pour la paix, afin d'éviter que les États-Unis ne les bombardent comme le Japon en 45 pour obtenir un changement de régime.

Bombe « A », Bombe « H » ?

Et bien, ça change l’ampleur des dégâts. Les bombes « A  » utilisent de l’ uranium ou plutonium presque purs (fabriqués dans des réacteurs à partir d’uranium). Ces matières nucléaires dites de « qualité militaire » permettent, dès lors que la masse critique est rassemblée avec la bonne géométrie, de déclencher une réaction en chaîne si rapide qu’elle se répand à (presque) toute la matière rassemblée, provoquant ainsi une explosion nucléaire. Ce sont de telles bombes qui ont été utilisées à Hiroshima (uranium) et Nagasaki (plutonium).

Les bombes  » H » pour hydrogène, sont beaucoup plus puissantes, une seule d’entre elles pouvant détruire l’agglomération parisienne et ses dix millions d’habitants. Elles mettent en jeu la fusion nucléaire d’atomes d’hydrogène (deutérium et tritium). L’énergie nécessaire pour déclencher la fusion est obtenue par un assemblage complexe qui comprend une bombe à fission au plutonium, et se transmet à l’étage à fusion par un flux de rayons X.

Qui la Corée du Nord est elle en mesure d’atomiser ?

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Les missiles balistiques nord-coréens ont été développés à partir du Scud d’origine soviétique (1950) d’une portée de 300 kilomètres. S’en suit une série de lanceurs plus ou moins réussis. Les plus marquants sont les Nodong et Taepodong déclinés en plusieurs versions.Les Nodong, du haut de leur 12 mètres pour 16 tonnes, ont inauguré les carburants liquides augmentant leur portée à 2500 km et leur capacité d’emport à 600 kg. Ils sont guidés par une centrale inertielle (alors que le Scud est une simple fusée lancée à l’arrache).

Le Nodong constitue le deuxième étage de la nouvelle génération : le Taepodong, dont le développement a été assuré sous le support appuyé de l’Iran et la Chine. Dans sa version 2-c, la portée a été amenée à 6700 km pour 1 tonne, soit la taille d’une ogive « A » et non une « H »… mais voilà on y est : le nord des USA est à portée.

Il faut faire attention malgré tout à ces capacités toutes théoriques, le tir de janvier 2016 a fini dans la flotte en moins de 3000 km pour une raison inexpliquée (la fin de trajectoire a été brutale et non parabolique). Une chose est sûre, tôt ou tard, les missiles balistiques auront la capacité d’atteindre Washington et les principales capitales d’Asie, ce qui rend les alliés chinois de moins en moins open aux progrès de la CDN…

Celui qui a la clé de tout cela c’est l’énigmatique Kim Jun Un :

This picture taken by North Korea's official Korean Central News Agency (KCNA) on July 27, 2015 shows North Korean leader Kim Jon-Un (C) visiting the Kumsusan Palace of the Sun in Pyongyang to pay tribute to late leaders Kim Il-Sung and Kim Jong-Il, and to commemorate the 62nd anniversary of the ending of the fight at Korean War. AFP PHOTO / KCNA via KNS REPUBLIC OF KOREA OUT THIS PICTURE WAS MADE AVAILABLE BY A THIRD PARTY. AFP CAN NOT INDEPENDENTLY VERIFY THE AUTHENTICITY, LOCATION, DATE AND CONTENT OF THIS IMAGE. THIS PHOTO IS DISTRIBUTED EXACTLY AS RECEIVED BY AFP. ---EDITORS NOTE--- RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / KCNA VIA KNS" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

C’est le petit fils du résistant Kim II Sung, né en 1983 à Pyongyang. Il fera une partie de sa scolarité en Suisse et aux États-Unis sous un nom d’emprunt, Joseph Pak. Après une courte guerre du pouvoir, il supplante ses deux plus grands frères dans le coeur de son père et au décès de celui-ci en décembre 2011, après une période trouble, prend le pouvoir.

Son parcours scolaire et son attrait pour certains aspects de la culture occidentale (Disneyland, les bulls, JCVD, etc…) ont laissé espérer à une normalisation des relations extérieures. Cette impression a été renforcée par ses première déclarations notamment celle-ci : « Pour mettre fin à la division du pays et parvenir à sa réunification, il est important de cesser la confrontation entre le Nord et le Sud »

Ce fut une  illusion de courte durée, car pour prouver sa stature de chef d’état, Kim jung Un a rapidement bombé le torse et montré ses muscles en faisant exécuter son oncle qui remettait en cause ses capacités. Depuis le dictateur a pris gout à ce genre d’exercice et purgé le parti de tous ceux qui auraient été tentés d’attenter à son pouvoir. Toute sa communication est axée sur ses capacités de chef et il cultive le culte de la personnalité. Tradition familiale en laquelle il excelle. La télévision aligne les émissions à sa gloire  et les légendes : il a rédigé sa première thèse militaire à l’âge de 16 ans, donnait des leçons de tactique militaire à ses généraux à l’âge de 8 ans… bref les habituelles méthodes de propagande stalinienne.

La ligne politique de Kim Jung Un est assez floue et changeante. L’ascension du pays en tant que puissance nucléaire inquiète son alliée chinois. Il est évident que lorsque le guide suprême affiche sa volonté de frapper nucléairement les États-Unis, principal client de la Chine,  celle-ci prend ses distances et va même jusqu’à approuver les sanctions votées par l’ONU.
Le résultat ne s’est pas fait attendre, en octobre 2015 le quotidien d’investigations Hongkongais Yazhou Zhoukan révèle que les Coréens d’origine chinoise vivant en CDN ont été mis sous surveillance policière par le régime nord-coréen et contraint de ne plus avoir de contact avec des Chinois.
Ils sont aussi invités à dénoncer les comportements “politiquement anormaux” des Chinois, et il leur est interdit d’utiliser des téléphones portables chinois.

Cela dit les chinois jouent quand même double jeu car si l’épouvantail Coréen leur permet d’affirmer leur statut de « régulateur » de l’Asie il leur permet aussi de montrer que l’Asie à les capacités de s’opposer à la volonté hégémonique américaine.

La situation intérieure est de plus en plus complexe et un coup d’État n’est pas à exclure (d’ailleurs, l’exécution de l’oncle du chef suprême, un général 4 étoiles est vraisemblablement un signe destiné aux militaires ayant des volontés séditieuses).
Depuis la grande famine de 1995-1998, l’économie souterraine s’est beaucoup développée, les gens ont appris à se débrouiller seuls. On a vu les marchés privés émerger, certains sont si importants qu’on les voit même par satellite.
La situation économique reste très mauvaise, mais elle ne s’aggrave pas, les récoltes de 2014 ont même été les meilleures depuis vingt ans.
Beaucoup de choses fuitent grâce aux téléphones portables chinois, les informations rentrent et sortent du pays et cela change le regard de la population. Beaucoup d’ouvriers travaillent en Chine, en Russie ou au Qatar, le régime est rongé par les apports qui viennent du monde extérieur. Mais une révolte est difficile, la population est bien encadrée, bien surveillée, et frappée quand elle est prise en défaut.
Mais il y a peut-être plus d’espoir du côté des cadres et hauts cadres qui, à force d’être menacés, pourraient vouloir tenter le tout pour le tout.

Conclusion

La Corée du Nord va-t-elle attaquer les États-Unis et déclencher la troisième guerre mondiale ? Perso je ne le pense pas, mais je ne suis pas un expert, laissons James Hardy, un des spécialistes de l’Asie conclure :

« Malgré la rhétorique, la Corée du Nord n’est pas en position de lancer une guerre contre la Corée du Sud et les États-Unis. Mais nous attendons des provocations plus asymétriques, comme la cyberattaque de plusieurs banques et médias sud-coréens la semaine dernière (2015), ou le bombardement de certaines îles sud-coréennes. »

 

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